Une entreprise occidentale de drones explique pourquoi s'installer en Ukraine est nécessaire pour l'OTAN

Le fabricant croate de drones ORQA, qui fournit déjà des équipements à des armées de l’OTAN, estime que travailler en Ukraine est le meilleur moyen de faire évoluer ses produits au niveau exigé par l’Alliance. L’entreprise s’associe à l’industrie de défense ukrainienne pour coproduire des systèmes de drones, destinés aussi bien à l’Ukraine qu’au marché de l’OTAN.

Une entreprise occidentale de drones explique pourquoi s’installer en Ukraine est nécessaire pour l’OTAN

ORQA conçoit des drones et des technologies associées, notamment des contrôleurs, des récepteurs, des lunettes, des équipements vidéo et des simulateurs de vol. Selon son directeur général, Srđan Kovačević, l’entreprise livre déjà des pièces et des systèmes à deux douzaines d’alliés de l’OTAN. Elle souhaite désormais s’appuyer sur l’expérience du champ de bataille ukrainien pour améliorer ses produits.

Pour le dirigeant, travailler en Ukraine « crée une occasion de canaliser réellement cette expertise opérationnelle pour façonner ces produits. Et ces produits peuvent alors être fabriqués selon une norme que l’OTAN exige ». ORQA fournit déjà des composants utilisés par la société ukrainienne General Cherry, avec laquelle elle a conclu un partenariat pour fabriquer conjointement des systèmes de drones et diffuser le savoir-faire ukrainien dans ce domaine.

Un terrain d’essai unique

La guerre en Ukraine est la guerre de drones la plus intense jamais menée, et les retours du front fournissent des informations essentielles sur ce dont les soldats ont le plus besoin. « Pour être franc, il n’y a que quelques régions du monde où l’on peut réellement abattre ces menaces aériennes sans pilote dans un environnement réel », a déclaré Srđan Kovačević au magazine Business Insider.

Cette même dynamique a poussé des entreprises occidentales de défense, des jeunes pousses aux grands groupes, à installer des sites de fabrication, des centres de réparation et des bureaux en Ukraine, afin de recueillir plus vite les retours du champ de bataille pour améliorer leurs technologies. ORQA cherche aussi à mieux comprendre comment l’industrie de défense ukrainienne monte en puissance, avance rapidement et fonctionne en temps de guerre. Les entreprises ukrainiennes produisent des drones et d’autres armes à un rythme nettement plus rapide que beaucoup de leurs homologues occidentaux.

Le dirigeant d’ORQA juge que « l’Occident a énormément à apprendre de l’Ukraine », soulignant que « l’excellence opérationnelle que les forces de défense ukrainiennes ont développée est sans égale dans le monde occidental ». Il reconnaît que l’Occident dispose d’une expertise technologique très poussée, mais qu’il lui manque cette expérience concrète consistant à appliquer ces technologies à la réalité opérationnelle de la guerre du XXIe siècle. « Il est maintenant temps de fusionner les deux et d’en sortir mieux lotis des deux côtés de ce partenariat », a-t-il ajouté.

Produire pour l’Ukraine et pour l’OTAN

ORQA et General Cherry entendent fabriquer dans les deux pays. L’objectif est de fournir à l’OTAN et à ses alliés des technologies de lutte anti-drones conçues en Ukraine, tout en développant la production nationale de composants de drones en Ukraine. Selon Srđan Kovačević, les entreprises ukrainiennes comme General Cherry disposent d’une expérience « immensément précieuse de construction et de montée en puissance sous le feu », un savoir souvent « négligé par les entreprises occidentales », qui peuvent toutefois en tirer des enseignements.

Le dirigeant souligne également l’ampleur de la production. Les volumes que les entreprises ukrainiennes de drones parviennent à fabriquer « éclipsent littéralement tout ce qui se passe actuellement en Occident », a-t-il ajouté. Les dirigeants occidentaux encouragent la collaboration industrielle, et l’OTAN a lancé des programmes destinés à rapprocher les entreprises de défense ukrainiennes et alliées.

ORQA n’est pas seule à regarder vers l’Ukraine. La société lettone Origin Robotics, par exemple, fabrique les drones intercepteurs BLAZE, achetés par plusieurs armées de l’OTAN, ainsi que BEAK, une arme guidée de précision lancée depuis un drone et utilisée par les forces ukrainiennes. Son directeur général, Agris Kipurs, a expliqué à Business Insider que l’entreprise tire des leçons de son travail en Ukraine, « mais nous adaptons ces systèmes d’armes spécifiquement pour un usage dans un pays de l’OTAN ».

Srđan Kovačević estime toutefois que la technologie ukrainienne ne peut pas être simplement transposée dans les armées de l’OTAN. L’Ukraine a dû développer ses armes à une vitesse effrénée et se contenter de ce qui était disponible. L’Alliance, elle, a le temps d’intégrer ce savoir opérationnel, de l’adapter à ses forces et de construire ces produits aux normes nécessaires avec des technologies occidentales. Le but de ces partenariats industriels, précise-t-il, est d’approvisionner l’OTAN sans compromettre la capacité de l’Ukraine à répondre à ses propres besoins en temps de guerre. ORQA souhaite aussi renforcer la production nationale ukrainienne de composants de drones et réduire sa dépendance aux fournisseurs étrangers. Selon le dirigeant, l’Ukraine dépend fortement de chaînes d’approvisionnement « non ukrainiennes et non européennes », une dépendance qu’il juge stratégiquement importante de réduire. ORQA indique fabriquer en interne les composants clés et éviter les pièces d’origine chinoise pour sécuriser sa propre chaîne d’approvisionnement.

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