La montée en puissance des rois du banditisme
Dans les années 1930, Paul Carbone et François Spirito se distinguent par leur apparence soignée – cheveux noirs gominés en arrière et costume trois pièces. Ensemble, ils s’affirment comme des figures incontournables du grand banditisme marseillais. Leurs activités comprennent le proxénétisme, le vol, le racket et la contrebande. En implantant des laboratoires clandestins à Marseille pour transformer l’opium acheté au Moyen-Orient, ils sont à l’origine de la première filière d’héroïne française. À partir des années 1970, avec leurs successeurs corses tels que les frères Guérini, la French Connection devient une force redoutable aux États-Unis. Elle exporte alors jusqu’à 50 tonnes par an d’héroïne pure à 98%, laquelle ravage particulièrement les jeunes consommateurs américains.
L’impunité face au fléau de la drogue
Les méthodes utilisées pour faire passer cette héroïne sont audacieuses. Les trafiquants dissimulent notamment les sachets dans des voitures traversant l’Atlantique; un événement marquant étant l’arrestation en 1962 de Jacques Angelvin à New York avec 52 kilos d’héroïne cachés dans sa Buick arrivée par paquebot. Ce type de pratique renforce l’image redoutée des bandits. Cette impunité alarmante inquiète même au plus haut niveau politique. En réponse aux millions échappant aux autorités françaises tout en alimentant le marché américain où la toxicomanie est déclarée « ennemi public numéro un » par le président Nixon en juillet 1969, ce dernier exhorte son homologue français Georges Pompidou à agir rapidement après une surmédiatisation liée à une overdose tragique survenue au casino de Bandol.

Une lutte acharnée contre la French Connection
Face à cette grave situation délicate, une collaboration entre Français et Américains est établie dès 1971, visant précisément ce réseau dangereux. L’écrivaine Gaëlle Morin raconte alors comment son grand-père Marcel Morin se battait avec peu de moyens comparativement face aux budgets immenses déployés côté américain pour traquer ces trafiquants. « Pendant que les Américains déroulaient des tapis de billets verts, mon grand-père devait jongler avec une enveloppe mensuelle limitée. » Cette coopération porte ses fruits lorsque ça s’avère : en 1973, plusieurs responsables américains du trafic sont arrêtés tandis qu’en France le combat se poursuit sous l’œil attentif du juge Pierre Michel qui sera assassiné le 21 octobre 1981, révélateur de la violence incessante contenue dans ce milieu.
Un nouveau terrain fertile pour le crime organisé
Bien que certains membres aient réussi à fuir vers d’autres territoires comme la Sicile où naît la French Sicilian Connection, Jacques-Marie Bourget notait déjà que « les princes de la chimie marseillaise ont fait peu de petits ». Parmi eux figure François Scapula qui finit par devenir dénonciateur suite à sa propre capture. Le parcours criminel trahi aboutit cependant au décès récent d’François Scapula dont l’histoire s’inscrit toujours dans cette saga légendaire dont Marseille garde encore précieusement certaines traces bien qu’elle ne soit plus considérée comme l’épicentre mondial du trafic aujourd’hui.