Un groupe d’Iraniens s’est récemment rendu en Arménie, profitant de la proximité géographique et de la liberté y liée. Ils découvrent une culture et un mode de vie qui leur sont interdits dans leur pays, notamment autour du thème de l’alcool et des lois vestimentaires.
Des touristes iraniens arpentent le lac Sevan, où ils doivent gravir des marches pour atteindre un monastère vieux de onze siècles. Omid, l’un d’eux, fait preuve de désinvolture face à cet environnement naturel : « Oui, je trouve surtout que ça caille. »

Leur visite se poursuit par un arrêt vital au supermarché local, une expérience inédite pour ces jeunes issus d’une République islamique où l’alcool est interdit. Le guide, Saïd, célèbre le riche héritage viticole arménien devant ses clients tout aussi excités : « Je fais la pub des vins et du cognac arméniens. » Au milieu des rires et des photos avec les bouteilles dérobées aux rayonnages, trois amis ne peuvent contenir leur impatience à déguster leurs bières immédiatement dans le parking adjacent.
À bord du bus qui les transporte ensuite, l’ambiance devient festive. Marjane explique qu’elle exprime sa joie par la danse : « La danse est l’une des seules façons d’exprimer notre joie. Pas de concert de musique anglo-saxonne, pas de cinéma occidental… » Elle raconte son parcours universitaire alors que sa mère respecte encore discrètement les traditions en couvrant ses cheveux.
Le mont Ararat, symbole culturel fort étant lié à Noé selon la légende biblique, surplombe cette escapade en Arménie. Les liens entre Iran et Arménie sont solides malgré les tensions politiques dans la région. Eric Hacopian précise : « Les deux pays s’entendent plutôt bien. Dans cette région du monde, l’Arménie est l’un des rares pays libres. »
Sevak Davoodian gère Tatev Tour & Travel Agency ; il constate néanmoins une baisse significative de visiteurs iraniens lors du Nouvel An : « Notre agence est passée de 3 000 clients il y a trois ans à 400 aujourd’hui. » Sepanta renforce ce sentiment partagé parmi ceux qui esquissent un départ vers Erevan pour fuir une vie difficile sous le régime théocratique iranien.
Les jeunes rencontrés évoquent également leur passage abrupt à la convivialité loin des restrictions imposées en Iran. Matin témoigne ainsi : « C’est surtout cela qui est pesant : ne pas pouvoir être soi-même dans l’espace public. » De nombreux exilés adoptent un style plus libre alors qu’ils découvrent chaque jour une nouvelle facette culturelle libertaire.
Leur retour à la réalité est marqué par le contraste avec leur vie quotidienne en Iran. Eric Hacopian conclut : « Préparer demain, » conclut-il avec espoir face à cet horizon incertain mais stimulant chargé d’opportunités futures.