Il y a 50 ans aujourd’hui, la Garde nationale de l’Ohio a ouvert le feu lors d’une manifestation sur le campus de la Kent State University Ă  Kent, Ohio, tuant quatre Ă©tudiants, en blessant neuf autres et en laissant un paralysĂ© Ă  vie. Le massacre a Ă©tĂ© le point culminant de protestations enflammĂ©es dans toute l’AmĂ©rique en rĂ©ponse au fait que le prĂ©sident Nixon a rendu public son plan visant Ă  Ă©tendre la guerre du Vietnam au Cambodge.

Les Ă©tudiants politiquement actifs de Kent State avaient une relation difficile avec les habitants conservateurs du Kent, et ils se sont affrontĂ©s Ă  plusieurs reprises dans les semaines prĂ©cĂ©dant la fusillade. Le gouverneur de l’Ohio, Jim Rhodes, a envoyĂ© la Garde nationale sur le campus le samedi 2 mai 1970 alors que des rumeurs circulaient sur un soulĂšvement du campus. Cette nuit-lĂ , des Ă©tudiants ont incendiĂ© le bĂątiment du Corps de formation des officiers de rĂ©serve (ROTC) sur le campus.

Jerry Casale de Devo revient sur l'État de Kent 50 ans plus tard

«Ces gens se dĂ©placent d’un campus Ă  l’autre et terrorisent la communauté», a dĂ©clarĂ© Rhodes le dimanche 3 mai. « Ils sont pires que les chemises brunes et l’Ă©lĂ©ment communiste et aussi les cavaliers de nuit et les justiciers. Ce sont les pires types de personnes que nous hĂ©bergeons en AmĂ©rique. Maintenant, je veux dire ceci. Ils ne vont pas prendre le relais [the] Campus. »



Tout cela a préparé le terrain pour les horreurs qui se sont déroulées à midi le lundi 4 mai. Cet aprÚs-midi, parmi les étudiants manifestants, il y avait le futur bassiste de Devo Jerry Casale. (La chanteuse de Future Pretenders Chrissie Hynde était également là.) Casale a récemment appelé Rolling Stone et a partagé ses souvenirs de cette horrible journée.

Je suis arrivĂ© sur le campus de l’État de Kent en premiĂšre annĂ©e Ă  l’automne 1966 aprĂšs avoir obtenu une bourse. Et mĂȘme alors, je pensais que la guerre du Vietnam Ă©tait une connerie. Ce n’Ă©tait pas comme ce qui est arrivĂ© Ă  mon pĂšre [during World War II] oĂč il Ă©tait clair que Hitler Ă©tait une vĂ©ritable menace. C’Ă©tait une guerre de conneries, impĂ©rialiste et Ă©touffĂ©e. Il n’y avait aucun moyen de gagner et nous chiions sur une nation souveraine qui ne nous attaquait pas. Vous ne voulez pas mourir pour ça.

J’ai Ă©tĂ© enrĂŽlĂ© en 1967. Je pensais que j’allais y aller et mourir, mais mon mĂ©decin qui me voyait depuis mon enfance me traitait pour une hernie. Il a rempli un rapport Ă©grenĂ© et en a fait une hernie inguinale gauche et cela m’a valu un ajournement. Je ne pense tout simplement pas que j’Ă©tais cĂąblĂ© pour ĂȘtre un soldat.

Carte d’identitĂ© de l’État de Kent de Jerry Casale

Gracieuseté de Jerry Casale

Quoi qu’il en soit, la Kent State University a Ă©tĂ© plongĂ©e dans la petite ville de Kent, dans le nord-est de l’Ohio. Toute cette rĂ©gion Ă©tait rĂ©solument rĂ©publicaine et avait une population trĂšs cols bleus Ă  l’Ă©poque. Ils Ă©taient trĂšs conservateurs avec beaucoup d’intĂ©grisme religieux. Les villes environnantes et leurs habitants dĂ©testaient l’universitĂ©.

Je suis venu lĂ -bas pour Ă©tudier l’art et il y avait cette petite clique d’Ă©tudiants en arts venant de pays comme New York, Connecticut et Massachusetts. Nous nous sommes habillĂ©s Ă  la mode et avons poussĂ© nos cheveux longs et avons aimĂ© Andy Warhol et le Velvet Underground.

Nous Ă©tions une anomalie sur le campus et j’ai Ă©tĂ© prise sur. J’ai Ă©tĂ© menacĂ© tous les jours sur mon chemin vers le cours d’art par des gars de fraternitĂ©. Quand je passais devant un rang de fraternitĂ©, ils commençaient Ă  chanter: « Êtes-vous un garçon ou ĂȘtes-vous une fille? » et en me donnant le doigt et en disant qu’ils allaient me battre le cul. J’Ă©tais dĂ©jĂ  quelqu’un qui n’avait pas d’instinct de survie. J’ai rĂ©pondu. Je dirais: « Oh, ouais? Si vous pensez que je suis une fille, pourquoi ne venez-vous pas ici et sucer ma bite?  » Ensuite, je courrais. Je les dĂ©testais juste.

Mes parents n’avaient aucune utilitĂ© pour l’universitĂ©. Ils Ă©taient en col bleu. Ils Ă©taient conservateurs. Ils n’avaient pas les moyens de m’envoyer dans un collĂšge et pensaient que je devrais simplement trouver un emploi. Il n’y a pas eu de vote de confiance lĂ -bas. Je n’Ă©tais pas quelqu’un dont mon pĂšre Ă©tait fier.

J’ai dĂ» travailler pendant l’Ă©tĂ© parce que j’avais un programme d’Ă©tudes de travail dans le cadre de mes fonctions de bourse. Mon travail consistait Ă  guider de nouveaux Ă©tudiants tout au long du processus d’inscription, Ă  les aider dans leur programme et Ă  les mettre en relation avec des professeurs. C’est ainsi que j’ai rencontrĂ© Jeffrey Miller et Allison Krause, deux des quatre Ă©tudiants qui ont fini par ĂȘtre tuĂ©s. Ils Ă©taient tous les deux sur ma charge de travail.

Jeffrey et Allison Ă©taient tous deux intelligents, dĂ©jĂ  libĂ©raux. Je suppose qu’ils pourraient ĂȘtre classĂ©s maintenant qu’il y a tous ces termes pĂ©joratifs en tant que «gauchers». Ils Ă©taient certainement anti-guerre. Allison Ă©tait trĂšs sexy et tous les gars haletaient aprĂšs elle. Jeffrey Ă©tait un grand fan du Who et de Steppenwolf et de toute la musique qui se passait.

Le mouvement politique sur le campus a grandi tout mon temps lĂ -bas. Cela a commencĂ© par des rĂ©unions hors campus de 20 Ă©tudiants oĂč nous avons Ă©tĂ© criĂ©s et harcelĂ©s pour avoir assistĂ© Ă  une telle chose. Cela a grandi en quelques centaines d’Ă©tudiants l’annĂ©e prochaine dans l’Union des Ă©tudiants Ă  l’heure du dĂ©jeuner. Cela s’est transformĂ© en une protestation massive et des gens se criant dessus et Mark Rudd venant du campus de Columbia et signant des personnes au SDS aprĂšs un discours entraĂźnant oĂč quelques milliers de personnes se sont prĂ©sentĂ©es lors d’un rassemblement sur le campus Commons.

Ce dont je me souviens le plus clairement dans les jours qui ont prĂ©cĂ©dĂ© le lundi 4 mai 1970, c’est la nouvelle de la tĂ©lĂ©vision selon laquelle la guerre s’Ă©tait Ă©tendue au Cambodge. Il y a eu des incidents dans le centre-ville de Kent cette nuit-lĂ  qui sont devenus violents avec les habitants de la ville et les Ă©tudiants face Ă  face. Les citadins croyaient toutes ces thĂ©ories complotistes folles, comme si nous allions augmenter leur approvisionnement en eau avec du LSD, et ils nous dĂ©testaient. Et franchement, peu d’Ă©tudiants activistes n’ont rien fait pour les dissuader. Ils les dĂ©testaient tout de suite.

Il y avait toutes ces personnes effrayantes et privĂ©es de leurs droits qui se sont jetĂ©es sur les militants politiques et ont en quelque sorte embrouillĂ© les eaux. Ils Ă©taient juste lĂ  parce qu’ils aimaient le problĂšme. Ils Ă©taient juste lĂ  pour se battre et se disputer. Il est presque impossible dans une situation dĂ©mocratique de contrĂŽler ces personnes ou de les sĂ©parer.

C’est ainsi que le bĂątiment ROTC a Ă©tĂ© incendiĂ©. Je ne pense pas que ce soit les membres du SDS qui aient fait ça. Cela vous ferait presque croire qu’il y avait des agents d’infiltration [that started the fire] pour discrĂ©diter les SDS et les rendre dangereux et donner aux gens ce qu’ils voulaient, une excuse pour poursuivre les Ă©tudiants. Je m’en suis Ă©loignĂ©. Je savais que c’Ă©tait une mauvaise scĂšne, une scĂšne offensive. Lorsque le feu a commencĂ©, je me souviens avoir pensĂ©: «C’est moche. Je pars. C’est mauvais. » Je suis sorti. Je suis allĂ© Ă  la maison.

Ensuite, le gouverneur est allĂ© Ă  la tĂ©lĂ©vision et nous a appelĂ©s «chemises brunes». Il augmentait toujours le conflit. C’est comme Trump aujourd’hui, traitant des choses comme un smackdown du WWF. C’est le gouverneur Rhodes, Ă  notre insu, qui a complotĂ© avec le doyen de la Kent State University pour loger la Garde nationale dans des bĂątiments dimanche soir afin qu’ils soient prĂȘts Ă  bondir devant la manifestation que tout le monde savait venir. Les Ă©tudiants ne cachaient pas cette protestation. Le plan consistait Ă  dĂ©clarer la loi martiale juste avant la manifestation et Ă  aveugler les Ă©tudiants, Ă  les frapper Ă  coups de poing.

J’Ă©tais en cours de dessin et de design le matin des tournages. Je suis allĂ© de lĂ  au syndicat Ă©tudiant. C’Ă©tait le centre de toutes les diverses cliques d’Ă©tudiants oĂč les nerds de la science ou les garçons de fraternitĂ© ou les politiciens ou les artistes avaient tous leurs petits domaines. Nous Ă©tions tous en train d’Ă©changer des informations et nous nous prĂ©parions Ă  sortir Ă  midi en sachant que la manifestation avait Ă©tĂ© appelĂ©e Ă  ce moment-lĂ .

Nous sommes allĂ©s dans un quartier appelĂ© les Communes, qui Ă©tait prĂšs de l’Union des Ă©tudiants. C’Ă©tait un joli bol de vert plat et herbeux qui montait ensuite vers ces collines vallonnĂ©es qui montaient au reste du campus Ă  180 degrĂ©s. C’Ă©tait trĂšs, trĂšs beau. Il ressemblait Ă  un campus de la Ivy League avec de grands et vieux arbres et des lampadaires de style Art dĂ©co. Les Ă©tudiants s’y rĂ©unissaient tous les jours, jetaient des couvertures si le temps le permettait et y mangeaient leur repas et se dĂ©brouillaient.

Nous nous sommes tous rĂ©unis Ă  midi. Ce gars nommĂ© Howie [Emmer], l’un des militants les plus Ă©minents, parlait lorsque nous avons tous pris conscience que le calvaire entrait. Voici la Garde nationale. Certains Ă©taient Ă  pied. Certains Ă©taient en jeeps. Certains Ă©taient dans un vĂ©hicule de transport avec un auvent. Ils venaient de deux ou trois directions Ă  la fois, coordonnĂ©s, entrant, plongeant.

En gros, ils nous avaient. Nous ne pouvions pas faire demi-tour et quitter le campus. Nous avons dĂ» monter la colline. La seule issue de secours Ă©tait en haut de la colline.

Ils commencent par annoncer: «Il s’agit d’une assemblĂ©e illĂ©gale. Vous devez vous disperser. Gouverneur Rhodes
 »Bla, bla, bla. Bien sĂ»r, que font les Ă©tudiants? « Va te faire foutre !  » Chanter en arriĂšre. « Nous ne voulons pas de ta putain de guerre !  » Ce sont les rituels de l’Ă©poque. Nous l’avons vu des dizaines de fois.

La Garde nationale portait des masques Ă  gaz et avait des fusils M1 et des baĂŻonnettes. Et ils commencent Ă  tirer des gaz lacrymogĂšnes. Bien sĂ»r, les Ă©lĂšves les plus courageux avaient leurs mouchoirs prĂȘts et ont essayĂ© de l’attraper et de le jeter. Les autres d’entre nous ont commencĂ© Ă  gravir la colline comme: «OK, putain. C’est allumĂ©. Ce n’est pas bien !  »

Nous nous prĂ©cipitions sur la colline parce que je savais que je pourrais peut-ĂȘtre sortir en passant par le parking Ă©tudiant / enseignant qui Ă©tait de l’autre cĂŽtĂ© du bĂątiment du journalisme. Il Ă©tait situĂ© sur un joli perchoir au sommet de la colline avec un immense balcon qui en sortait avec des tables oĂč les Ă©tudiants mangeaient leurs dĂ©jeuners et se relaxaient entre les cours.

Tout le monde Ă©tait sorti car c’Ă©tait une belle journĂ©e ensoleillĂ©e. Ils Ă©taient tous curieux de savoir ce qui allait se passer avec cette manifestation, donc il y avait beaucoup de sosies qui disaient: «Oh, nous savons que ces Ă©tudiants vont faire ça. Nous voulons voir ce qui se passe. » On pouvait clairement voir la diffĂ©rence dans le groupe d’Ă©tudiants entre ceux qui Ă©taient activement dans la protestation et ceux qui Ă©taient au bord de la colline et au bord du bĂątiment en regardant les spectateurs.

J’Ă©tais montĂ© sur la colline et ils nous poursuivaient. Sur le parking Ă©tudiant / enseignant, nous avons rĂ©alisĂ©: « Oh, plusieurs d’entre eux sont stationnĂ©s de l’autre cĂŽtĂ© du parking Ă©tudiant / enseignant en attendant que nous sortions. »

Nous Ă©tions pris au piĂšge. Je me suis retournĂ© et j’ai regardĂ© la colline et les voici. Ils sont montĂ©s sur la colline et ils y ont amassĂ©. Ils se sont arrĂȘtĂ©s et ont baissĂ© leurs fusils. Nous pensons: « OK, c’est lĂ  qu’ils marchent sur vous avec leurs baĂŻonnettes horizontales et vous font peur pour qu’ils vous emmĂšnent Ă  travers ce parking et nous arrĂȘtent lĂ -bas. » Nous pensions que c’Ă©tait un jeu de pouvoir.

Mais ils ne bougeaient pas. Je me souviens avoir pensĂ©: « Hmm, je me demande ce qu’ils font. » Ils ont tous des masques Ă  gaz et on n’entend rien de clair, mais j’ai vu un responsable crier sur ces deux lignes de gardes nationaux puis il a fait un geste de la main. C’est Ă  ce moment-lĂ  qu’ils ont commencĂ© Ă  tirer.

Pendant un moment, le temps s’est arrĂȘtĂ©. C’Ă©tait comme un film Scorsese, comme Raging Bull oĂč tout Ă  coup Jake LaMotta se fait frapper au visage et il passe au ralenti. Et puis il revient comme un film hollywoodien et, bang ! Retour en temps rĂ©el. Voici le sang, les cris, les pleurs, le chaos


Je me retourne et je vois un mec sur le ventre sur la route. Les gens commencent Ă  se rassembler et du sang coule de sa tĂȘte et de son cou. Le sang brille sous le soleil de midi. Je rĂ©alise que c’est Jeff Miller. J’ai mal au ventre et j’ai l’impression de m’Ă©vanouir.

Je me suis assis sur l’herbe. Environ 30 secondes plus tard, je me rends compte qu’il y a des gens qui crient: «Allison ! Allison !  » Je ne peux pas vraiment la voir, mais je vois toutes ces personnes planer autour de quelqu’un allongĂ© sur le dos dans le parking Ă©tudiant / enseignant, sans bouger. Cela s’est avĂ©rĂ© ĂȘtre Allison Krause.

Nous ne savons pas ce qui va se passer ensuite et il y a des cris et des pleurs et du chaos. Il y avait ces étudiants surveillants pendant la manifestation, un peu comme les flics amicaux. Ils portaient des brassards et criaient: «Ne bouge pas ! Ne bouge pas ! Asseyez-vous ! Ne cours pas !  »

Nous ne savions pas s’ils allaient continuer Ă  tirer. Nous ne savions pas ce qui allait se passer. Et vous ĂȘtes figĂ© dans le traumatisme et la peur. Tu viens de chier ton pantalon. Les Ă©lĂšves ont 18, 19 ans, peut-ĂȘtre 20. J’avais 20 ans. Je n’allais pas bouger de toute façon. Je ne pouvais pas bouger. Je tremblais. J’ai vu ce qu’est la vraie violence et ce qui se passe lorsque des fusils M1 sont tirĂ©s avec des obus militaires et passent par des humains.

Vous devez comprendre que les gens qui tirent ont le mĂȘme Ăąge que ceux qu’ils viennent de tuer. Ils sont tous paniquĂ©s. Ils ne bougent pas non plus. Ils rĂ©alisent ce qu’ils ont fait.

Il semblait que les heures passaient. Je ne pense pas que les heures se soient rĂ©ellement Ă©coulĂ©es, mais au moment oĂč les ambulances sont arrivĂ©es et se sont dĂ©placĂ©es hors de la route, Ă  travers la pelouse et dans la zone, les Ă©lĂšves qui Ă©taient morts Ă©taient morts.

Les deux autres Ă©tudiants [Sandra Scheuer and William Knox Schroeder], que je ne connaissais pas du tout, Ă©taient encore plus loin. Ils Ă©taient prĂšs du bĂątiment du journalisme. Ce n’Ă©taient pas du tout des militants. L’une essayait juste de partir pour aller dans sa voiture et l’autre venait de voir ce qui se passait. Ces deux Ă©tudiants n’Ă©taient que des dommages collatĂ©raux de ce spectacle d’horreur politique.

Je n’ai pas Ă©tĂ© abattu et personne dans mon groupe n’a Ă©tĂ© abattu parce qu’ils tiraient au-dessus de nos tĂȘtes. C’est juste la chance du tirage. Mais c’est tout. Neuf blessĂ©s. Un paralysĂ© Ă  vie. Quatre morts.

Pendant les 10 jours suivants, il y a eu une forme de loi martiale oĂč il y avait un couvre-feu Ă  19 h. et tous les Ă©tudiants devaient quitter la rue. Des jeeps et des hĂ©licoptĂšres militaires patrouillaient toutes les heures dans la ville. Ils ont fermĂ© le campus jusqu’Ă  l’automne prochain. On m’a volĂ© ma cĂ©rĂ©monie de remise des diplĂŽmes. J’ai dĂ» obtenir mon diplĂŽme par la poste.

Le jour de la fusillade Ă©tait le dĂ©but de mon moment de pilule rouge. Non pas que je n’Ă©tais pas politique, mais je me disais toujours: « OK, il y a des problĂšmes avec notre pays et il y a de mauvaises pommes, mais c’est rĂ©parable. » Je croyais un peu trop Ă  la marque qui Ă©tait l’AmĂ©rique.

Une fois que vous empruntez l’autre voie, vous vous rendez compte qu’il s’agit d’une histoire de gĂ©nocide, de racisme, d’inĂ©galitĂ©, de corruption, de piratage des principes mĂȘmes de l’État de droit dĂ©mocratique, de prises de pouvoir, d’impĂ©rialisme, de sales tours, de soutien aux dictateurs, de la CIA … vous descendez le tout et vous rĂ©alisez quel putain de merde de Disneyland vous avez Ă©tĂ© vendu.

Je l’ai dit souvent et je le pense, mais je ne pense pas qu’il y aurait eu un Devo sans Kent State. Sans ce traumatisme et le changement de pilule rouge, j’aurais empruntĂ© cet autre chemin dans la vie. J’avais une bourse Ă  l’UniversitĂ© d’Ann Arbor Graduate School en tant qu’artiste, mais parce que j’Ă©tais membre du SDS, aprĂšs les tueries de l’État de Kent, les gouverneurs de quatre États, dont le Michigan, ont conclu un pacte selon lequel tous les les Ă©tudiants d’État qui Ă©taient membres de tout groupe radical perdraient leurs bourses et se verraient refuser l’admission.

Ils ont développé ce type de théorie, poussé par Nixon et [Vice President] Spiro Agnew, que ce sont des agitateurs extérieurs qui ont corrompu et pollué ces bons étudiants des universités du Midwest. Il remua le pot.

J’ai dĂ» retourner dans l’État de Kent avec ma queue entre mes jambes et demander Ă  y aller Ă  l’Ă©cole doctorale. Parce que j’avais obtenu mon diplĂŽme avec une moyenne Ă©levĂ©e, ils m’ont laissĂ© entrer.

Mais Ă  ce moment-lĂ , la manifestation organisĂ©e par les Ă©tudiants Ă©tait terminĂ©e. Personne n’Ă©tait rassemblĂ©. Vous tuez quelques Ă©tudiants et cela fonctionne vraiment. Les militants ont quittĂ© la ville ou se sont cachĂ©s ou ont rejoint le Weather Underground. D’autres enfants se sont coupĂ©s les cheveux et sont allĂ©s travailler pour leurs pĂšres qui les avaient mis sur Ă©coute pour les rassembler. L’État du Kent a tuĂ© le mouvement.

Gerald Casale en 2017 Ă  Los Angeles, Californie.

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En regardant les choses maintenant, je pense que notre situation est bien pire en tant que pays que nous ne l’Ă©tions Ă  l’Ă©poque. Plus d’informations parviennent au public sans filtrage qu’aujourd’hui. Nous vivons soi-disant dans une «autoroute numĂ©rique de l’information qui est grande ouverte», mais ce ne sont que des conneries. Tout est contrĂŽlĂ© et dĂ©sinformation. Tout le monde croit ce qu’il veut. Ils sont tous dans leur propre Idaho privĂ©. Ils ont tous leur propre bulle de rĂ©alitĂ©.

Il y a les conspirateurs qui pensent que le climat est contrĂŽlĂ© par les Rothschild. Ensuite, il y a les nĂ©gateurs du climat comme Trump. Cela continue indĂ©finiment. Ce que vous avez, c’est le chaos. À quoi sert le chaos? Il sert un gouvernement autoritaire et cruel. C’est une kakistocratie ploutocratique oĂč tout le monde non qualifiĂ© a Ă©tĂ© nommĂ© responsable de chaque dĂ©partement gouvernemental oĂč ils dĂ©testaient la mission de ce dĂ©partement. C’est comme un film Marvel Comic.

Que s’est-il passĂ© en 50 ans? L’aile droite a peut-ĂȘtre perdu les guerres culturelles parce qu’elles n’avaient pas l’air cool et les hippies pensaient avoir gagnĂ© avec les festivals de musique groovy comme Woodstock. Tout le monde pensait qu’ils Ă©taient tellement cool. Eh bien, les ailiers de droite ont pris ce rejet au niveau culturel et ils ont construit cette colĂšre et ce ressentiment en eux et ils sont restĂ©s Ă  la table et ils n’ont pas abandonnĂ©.

Les mauvaises pommes ont repris le baril. Il est corrompu au fond, une kakistocratie. Il n’y a aucun pouvoir pour rĂ©pondre Ă  ce pouvoir. Les dĂ©mocrates sont complĂštement compromis car ils ont Ă©tĂ© repris par leur propre marque de ploutocrates et ils sont redevables aux donateurs. Les mĂ©dias ont cessĂ© de faire leur travail. Il est rachetĂ© et compromis. Les Ă©lĂšves qui sont rejetĂ©s par le systĂšme Ă©ducatif n’ont aucune capacitĂ© de rĂ©flexion critique. Cela leur a Ă©tĂ© retirĂ©.

Ce qui s’est passĂ© est tout simplement hideux. Et maintenant, nous avons COVID-19 pour le terminer au cours d’une annĂ©e Ă©lectorale. Ceci est un cadeau Ă  droite qui est 10 fois plus grand que le cadeau du 11 septembre Ă  George W. Bush, oĂč il Ă©tait comme: «OK, maintenant nous pouvons vraiment faire un Ă©tat de surveillance ! Maintenant, nous pouvons vraiment supprimer les droits de premiĂšre modification. TSA? Aucun problĂšme. Acte patriote? Tout le monde est Ă  bord ! »

C’est beaucoup plus gros. Maintenant, vous allez voir le transfert massif de la richesse vers encore moins d’un pour cent et tous les droits que quiconque pensait avoir, regardez ce qui se passera l’annĂ©e prochaine. C’est fini pour l’état de droit. C’est fini pour les droits des femmes. La haine raciale et ethnique sera propulsĂ©e au-delĂ  de toute croyance et personne ne va vous dĂ©fendre. Roe vs Wade aura disparu. Ce sera un vilain pays de droite.