Koyo Kouoh, figure emblématique du monde de l’art contemporain, est décédée samedi en Suisse à l’âge de 57 ans. Son décès a été confirmé par les organisateurs de la Biennale de Venise, qui l’ont qualifiée de « soudaine et prématurée », laissant un vide immense dans le milieu artistique.
La Biennale de Venise est un événement majeur se tenant tous les deux ans depuis 1895. Son exposition 2024 devrait avoir lieu du 9 mai au 22 novembre. À quelques jours d’une annonce cruciale concernant le thème et le titre de cette édition, la mort de Mme Kouoh soulève des interrogations sur l’avenir immédiat de cet événement.

En tant que directrice exécutive du Zeitz MOCAA, Koyo Kouoh s’est illustrée comme une fervente défenseure des artistes africains. Sa carrière marquée par son engagement social et culturel a contribué à redéfinir la scène artistique contemporaine africaine. « Je suis conservatrice internationale », déclarait-elle dans une interview au New York Times.
Son arrivée à Zeitz MOCAA en 2019, alors que le musée était en crise après des allégations contre son ancien directeur, a marqué un tournant pour cette institution. Janse Van Renseburg, ancienne conservatrice principale du musée, affirmait : « Elle l’a ramené à la vie ». L’artiste Igshaan Adams ajoutait que sa capacité à recréer un lien entre le musée et la communauté locale avait été transformative : « C’était la première fois [.] qu’il y avait un engagement public » avec des personnes partageant ses expériences culturelles.
Née au Cameroun le 24 décembre 1967, Koyo Kouoh grandit à Douala avant d’émigrer en Suisse où elle commence sa carrière professionnelle. Le moment clé fut lorsqu’elle prit conscience des défis liés à l’éducation d’un enfant noir en Europe : « Je ne pouvais pas imaginer élever un garçon noir en Europe ». En 1995, elle déménage à Dakar pour mieux explorer ses racines artistiques et sociales.
Kouoh a également établi plusieurs programmes visant à soutenir les jeunes artistes africains, incluant une école dédiée aux arts visuels. Touria el Glaoui, fondatrice de 1-54, saluait : « Elle a donné la parole à tant de talents », soulignant son rôle essentiel dans le soutien aux artistes africains.
Pour sa nomination imminente comme conservatrice lors de la Biennale de Venise prévue pour 2026, Adrienne Edward notait qu’elle méritait cette reconnaissance grâce à sa compréhension unique mêlant enracinement local et vision globale : « Sa capacité unique [.] a profondément rendu son exposition ». Koyo Kouoh espérait créer une œuvre qui soit véritablement représentative des enjeux contemporains : « Les artistes définiront où nous allons ».
Elle laisse derrière elle son partenaire Philippe Mall. Son héritage perdurera grâce aux nombreux mentors qu’elle a formés autour du monde ainsi qu’à ceux qu’elle a soutenus tout au long d’une carrière inspirante dédiée aux arts africains contemporains.