Margot Friedländer, survivante de l'Holocauste, retrouve sa voix à 103 ans et décède

Margot Friedländer, une survivante influente de l’Holocauste, est décédée à l’âge de 103 ans à Berlin. Connue pour son engagement en faveur du souvenir et sa défense des valeurs démocratiques, elle était devenue une figure emblématique auprès des jeunes Allemands après avoir passé plus de 60 ans en exil aux États-Unis. Son décès a été annoncé par la Fondation Margot Friedländer.

Un parcours résilient marqué par le devoir de mémoire

Née le 5 novembre 1921 à Berlin, Margot Bendheim (son nom complet) a vu sa vie bouleversée lorsque la Gestapo a arrêté sa famille. À l’âge de 21 ans, alors qu’elle rentrait d’un travail nocturne dans une usine d’armements, elle a découvert que sa mère avait été arrêtée. « Essayez de faire votre vie », a-t-elle retrouvé comme dernier message laissé par sa mère avant son arrestation.

Margot Friedländer, survivante de l’Holocauste, retrouve sa voix à 103 ans et décède

Margot Friedländer aurait ensuite vécu pendant plus d’un an cachée dans Berlin avant d’être finalement déportée au camp de Theresienstadt en juin 1944. C’est là qu’elle rencontre Adolf Friedländer, son futur mari. Ils se marient en plein conflit lors du déclenchement des hostilités avec les troupes russes.

Retour aux sources et témoignages puissants

Après la guerre, Margot et Adolf s’installent à New York où ils refoulent longtemps leurs expériences traumatisantes jusqu’à leur retour à Berlin en 2010, qui marquera un tournant dans leur vie : « Cela m’aide à parler de ce qui s’est passé », disait-elle lors d’une intervention en 2023 devant des jeunes épaulés par UNICEF.

C’est grâce au soutien du documentariste Thomas Halaczinsky que Mme Friedländer commence à partager son histoire publiquement via un film sorti en 2004, « Ne l’appelle pas Heimweh ». Elle se met également à écrire ses mémoires intitulées « Essayez de faire votre vie : une fille juive se cachant à Nazi Berlin », publiées pour la première fois en Allemagne en 2008.

Une voix contre l’antisémitisme

À travers ses interventions dans les écoles, Margot souhaite éveiller les consciences face aux dangers croissants liés à l’antisémitisme et aux nationalismes extrémistes observés ces dernières années : « Ne regardez pas ce qui nous sépare. Regardez ce qui nous rassemble », a-t-elle déclaré dans une interview récente.

En reconnaissance de ses efforts incessants pour servir la mémoire collective sur cette période sombre, elle reçoit également la croix fédérale du mérite allemande en 2023.

Héritage durable

Son décès laisse un grand vide auprès des nombreuses personnes qu’elle a touchées par son message poignant et humaniste. L’été dernier, elle figurait même sur la couverture du magazine German Vogue avec un unique mot inscrit : « amour », écrit avec sa propre signature manuscrite symbolisant ainsi son combat inébranlable pour la paix humaine. « C’était une femme puissante; c’était un effort formidable », conclut Thomas Halaczinsky sur cet héritage indélébile laissé derrière elle.