Tensions croissantes en Ukraine : accusations de dérive autoritaire contre Zelensky
Alors que le conflit avec la Russie se poursuit, l’Ukraine traverse une période de turbulences politiques marquées par des accusations de dérive autoritaire visant le président Volodymyr Zelensky. Plusieurs figures politiques et activistes, dont Vitaliy Shabunin et Oleksandr Kubrakov, font l’objet de procédures judiciaires controversées qui suscitent l’inquiétude au sein de la société civile et parmi les élus.

Perquisitions ciblées contre des figures critiques
Le vendredi 12 juillet, des agents du Bureau d’enquête d’État (SBI) ont conduit deux perquisitions simultanées à Kiev. Vitaliy Shabunin, cofondateur du Centre d’Action anticorruption (AntAC), a vu son domicile et sa base militaire investis par les autorités. Cet homme, âgé de 40 ans, dénonce une opération illégale, affirmant n’avoir écopé d’aucun mandat judiciaire pour cette intervention.
Shabunin a fait état de la saisie de plusieurs effets personnels, y compris le téléphone de sa femme et les tablettes de ses enfants. En parallèle, Oleksandr Kubrakov, ancien ministre des Infrastructures, a également été visé dans ces actions judiciaires.
« Zelensky utilise mon cas pour envoyer un message »
Dans une déclaration au Financial TimesVitaliy Shabunin a déclaré : « Zelensky utilise mon cas pour envoyer un message : s’il peut s’en prendre à moi en public, il peut s’en prendre à n’importe qui ». Shabunin est confronté à des accusations concernant des fraudes liées à une rémunération qu’il aurait perçue alors qu’il était détaché auprès de l’Agence nationale de prévention de la corruption (NAPC). L’ONG AntAC qualifie ces accusations « absurdes », arguant que les sommes versées étaient conformes aux barèmes habituels.
De son côté, Oleksandr Kubrakov est soupçonné d’être impliqué dans un détournement financier lié à un contrat d’achat d’engrais en Biélorussie évalué à 320 000 euros. Son entourage estime que ces perquisitions pourraient être motivées politiquement par une enquête ouverte récemment sur Oleksiy Chernyshov, un proche collaborateur du président.
Suspicion croissante autour du gouvernement ukrainien
La situation se complique davantage avec le blocage par le gouvernement ukrainien de la nomination d’Oleksandr Tsyvinsky comme chef du Bureau de sécurité économique. Celui-ci est reconnu pour son indépendance. Par ailleurs, Volodymyr Zelensky a nommé Yulia Svyrydenko au poste de Première ministre le 11 juillet dernier, une proche alliée au sein du gouvernement qui alimente les inquiétudes quant à un resserrement du pouvoir exécutif autour du président.
Ces événements provoquent une onde choc dans la société civile ukrainienne ainsi qu’auprès des politiciens législatifs critiquant ouvertement cette situation. La députée Oleksandra Ustinova, présidente parlementaire sur le contrôle des armements avertit : « Ce scénario est typique de la Russie : diviser la société pour mieux faire taire les opposants ».
Dans un éditorial publié par Ukrainska Pravdace climat préfigure selon eux « une première étape vers un autoritarisme corrompu ».
Le maire Kyiv et ancien champion mondial poids lourds Vitali Klitschko accuse directement l’exécutif « de persécuter ses opposants ».
Un haut responsable diplomatique occidentalisternote que « L’Ukraine risque de perdre l’essence démocratique » conquise depuis la révolution Maïdan en 2014 mais jusqu’à présent aucun pays occidental ne s’est exprimé officiellement sur ce sujet sensible face aux menaces russes.
Libération sous conditions
Le tribunal pécherskieu a décidé le mardi 15 juillet devant accueillir Vitaliy Shabunin sous contrôle judiciaire jusqu’au 20 août prochain après avoir décidé sa libération conditionnelle. À sa sortie il lance : « Je suis utilisé comme un exemple. Pour montrer que le pouvoir peut faire ce qu’il veut, à qui il veut quand il veut », soulignant ainsi ses craintes face aux dérives potentielles actuelles du régime ukrainien où il risque jusqu’à dix ans derrière les barreaux si condamné.