Montée des eaux : l’avenir en péril pour les sites archéologiques de l’île de Pâques
Une étude récente met en lumière le risque que fait peser la montée du niveau de la mer sur plus de 50 sites archéologiques sur l’île de Pâques, ou Rapa Nui, d’ici 2080, notamment l’emblématique Ahu Tongariki. Cette recherche, menée par des scientifiques de l’Université d’Hawaï, souligne les dangers concrets du changement climatique sur ce patrimoine culturel.

L’impact du changement climatique
Selon cette étude dirigée par Noah Paoa, scientifique Rapa Nui, les houles saisonnières générées par le réchauffement climatique pourraient submerger des monuments historiques et culturels cruciaux. L’étude publiée dans le Journal of Cultural Heritage alerte sur la nécessité urgente de trouver des solutions pour préserver ces vestiges d’une ancienne civilisation face à une menace qui progresse inexorablement.
Le littoral de Rapa Nui a été désigné site du patrimoine mondial de l’UNESCO en 1995. Les projections indiquent que les vagues provoquées par la montée des mers pourraient atteindre Ahu Tongariki, la plus grande plateforme restaurée abritant des statues Moai, dans moins de soixante ans.
L’équipe changeante a utilisé des modèles informatiques afin d’identifier les zones sensibles. Le résultat est alarmant : pas moins de 51 sites, incluant jardins en pierre, sépultures et pétroglyphes, se retrouvent menacés d’inondation.
Une identité culturelle mise à mal
« Ces endroits ne sont pas seulement des pierres anciennes. Ce sont des espaces de vie, essentiels à l’identité culturelle de Rapa Nui et aux moyens de subsistance économiques » explique Noah Paoa. Au mois de mai 2023, un rapport émanant du gouvernement municipal avait exprimé ses préoccupations concernant cette évolution inquiétante : « La baisse persistante des précipitations et une multitude d’événements climatiques extrêmes rendent notre situation critique », soulignait ce document élaboré par le Center for Advanced Studies in Arid Zones au Chili.
Un autre rapport issu du ministère chilien retient également Rapa Nui parmi les zones vulnérables aux effets dévastateurs du changement climatique.
Un avenir incertain
Pour contrer ces menaces imminentes, plusieurs options ont été envisagées telles que « construire des brise-lames ou déplacer certaines statues », selon Ramon Tuki, archéologue local. Cependant, ces interventions posent d’importants défis techniques et éthiques similaires à ceux rencontrés lors de la restauration d’Ahu Tongariki dans les années 1990 après qu’un tsunami ait renversé plusieurs statues.
Ahu Tongariki demeure emblématique avec ses quinze Moai restaurés près de la carrière historique ayant servi à leur sculpture durant le XIIIe siècle. Toutefois, déplacer ces immenses statues nécessiterait un savoir-faire complexe étant donné qu’elles pèsent entre 10 et 20 tonnes chacune.
« Aussi grave que soit cette menace pour notre futur culturel » conclut Ramon Tuki prudemment « il reste encore beaucoup d’incertitudes quant aux mesures qui seront mises en œuvre ».
Cet état alarmant marque non seulement un tournant économiquement dangereux pour une île dont le tourisme constitue la principale source de revenus mais aussi une atteinte irréparable au lien spirituel entre son peuple et leurs ancêtres ainsi qu’à leur mémoire collective propre au Pacifique Sud.