Alan Moore a-t-il raison sur "V for Vendetta" ? Découvrez notre analyse.

Au fil des ans, de nombreux auteurs ont refusé que leurs œuvres soient adaptées au cinéma après coup. Alan Moore a, quant à lui, exprimé son désaccord envers le film V pour Vendetta (2005) avant même sa sortie. Son objection principale concerne la transformation du message profond de l’œuvre originale en une simple réflexion sur la guerre contre le terrorisme.

Alan Moore a raison concernant les modifications apportées au film V pour Vendetta

Moore a probablement résumé ses critiques dans une interview mémorable avec MTV : « Ces mots, le “fascisme” et “l’anarchie” n’apparaissent nulle part dans le film. Il a été transformé en parabole de l’ère Bush par des personnes trop timides pour définir une satire politique dans leur propre pays. »

Alan Moore a-t-il raison sur « V for Vendetta » ? Découvrez notre analyse.

Il a raison ; il n’était pas nécessaire d’ériger une adaptation du fascisme britannique en un sujet plus vague relatif aux inquiétudes post-11 septembre et à l’Amérique sous George W. Bush. Le fascisme est souvent abordé dans la littérature britannique : par exemple, 1984 de George Orwell illustre ces préoccupations à travers un récit puissant. Dans cette tradition se place l’œuvre originale de Moore, publiée entre 1982 et 1985.

Certaines adaptations peuvent nécessiter des mises à jour, mais celle-ci ignore complètement l’essence même du récit de V pour Vendetta. Ce n’est pas simplement une histoire valorisante; c’est plutôt un échange philosophique sur le fascisme et l’anarchisme, qui sont souvent contradictoires. Le personnage principal, V, n’est pas censé être un héros ; il représente une figure complexe qui suscite la réflexion chez les lecteurs. C’est pourquoi le véritable protagoniste est Evey Hammond, qui endosse finalement son rôle à la fin… mais cela diffère dans le film où Evey est représentée comme une jeune femme en quête de carrière troublée alors que dans le roman graphique, elle est présentée comme une adolescente prostituée prenant finalement la relève de V.

On pourrait affirmer que cette version cinématographique reflète ce qui était réalisable à Hollywood durant les années 2000 ; elle devient ainsi bien plus enfantine et sentimentale qu’une exploration sérieuse des enjeux politiques. En modifiant l’histoire contemporaine, les cinéastes passent à côté d’une possible vision terrifiante pour l’avenir. À ce jour, cet aspect rend le film daté et décalé; bien que les créateurs cherchaient clairement à faire passer un message sur l’Amérique, ils opèrent via le prisme d’une politique britannique qui ne fait sens ni alors ni maintenant.

L’adaptation V pour Vendetta devrait avoir droit à une nouvelle chance

Hollywood ne ramènera probablement jamais Alan Moore parmi ses alliés influents ; cependant, cela ne signifie pas qu’une nouvelle adaptation de V pour Vendetta, serait sans potentiel intriguant. HBO avait mieux réussi avec leur « remix » des Watchmen, car ce récit cadre parfaitement avec les enjeux américains contemporains, facilitant ainsi ancrer cette adaptation dans notre réalité actuelle.

S’il devait y avoir aujourd’hui une adaptation moderne du chef-d’œuvre de Moore, celle-ci devrait être confiée à quelqu’un capable de rester fidèle au propos essentiel : examiner les dilemmes philosophiques entourant la politique extrême. La télévision semble être la meilleure plateforme pour retravailler cette œuvre puisqu’elle permettrait d’établir pleinement cet univers dès ses débuts sans précipiter son trame narrative au fil des épisodes.

Avec davantage d’espace accordé aux discussions politiques significatives – notamment grâce au temps offert par chaque épisode – un format télévisuel permettrait ainsi d’explorer différents points de vue tout en bousculant nos propres croyances face aux événements actuels. Alan Moore avait donc raison sur V pour Vendetta, tant comme roman graphique que comme film ; malgré les moyens mis en œuvre jusqu’à présent, celui-ci reste toujours pertinent vis-à-vis des réalités contemporaines auxquelles nous faisons face aujourd’hui.