Vingt ans après la mort de Zyed Benna et Bouna Traoré : une cérémonie émouvante à Clichy-sous-Bois
Lundi 27 octobre, une cérémonie émotive a eu lieu à Clichy-sous-Bois pour commémorer le 20e anniversaire de la mort tragique des adolescents Zyed Benna et Bouna Traoré. Leurs décès, survenus en 2005 dans un transformateur EDF alors qu’ils tentaient d’échapper à la police, avaient provoqué d’importantes émeutes urbaines en France. De nombreux acteurs locaux se sont associés lors de ce rassemblement.

Une mémoire qui perdure
En présence d’une centaine de participants mobilisés autour d’un arbre planté pour l’occasion, le ginkgo biloba symbolisant la résilience a été inauguré avec des pelletées de terre versées par les proches de Bouna. Le président de l’association Au-delà des motsSamir Mihi, a déclaré : « Nous sommes là, ensemble, pour […] que chaque jeune de nos quartiers sache qu’il a de la valeur, qu’il compte, qu’il mérite de vivre en paix, dans la dignité et le respect ».
Zyed Benna et Bouna Traoré avaient respectivement 17 et 15 ans au moment du drame. Ils étaient décédés électrocutés après avoir fui une course-poursuite policière. Leur décès avait été initialement accompagné d’une tentative des autorités d’écarter toute idée d’une poursuite réelle en évoquant un cambriolage raté.
Leurs prénoms sont devenus emblématiques des luttes contre les violences policières et des revendications sociales au sein des banlieues françaises.
Des voix qui s’élèvent
Siyakha Traoré, frère de Bouna, a évoqué ces « deux gamins » dont les noms sont désormais synonymes « de lutte contre les violences ». Le slameur Abd al Malik a souligné l’importance du sujet : « Régler cette problématique des quartiers populaires […], c’est régler un problème de la France », ajoutant que cela est essentiel pour que « la France soit enfin à la hauteur d’elle-même ».
Les pères des deux adolescents ont tous deux immigré, l’un en provenance de Tunisie et l’autre par Mauritanie, travaillant comme éboueurs à Paris. Malgré le temps écoulé et une ville transformée par diverses politiques publiques depuis deux décennies, le maire Olivier Klein rappelle : « Zyed et Bouna, vous êtes en nous… vous êtes Clichy-sous-Bois ».
Un sentiment persistant d’inégalité
Malgré les évolutions notables sur place selon plusieurs yeux témoins, tel cet exemple partagé par Aïcha*, lycéenne rencontrée lors du rassemblement, il semble que certaines relations entre jeunes et forces policières demeurent tendues. Elle estime qu’« il n’y a pas grand-chose qui ait changé concernant les relations (des jeunes) avec la police ».
Mohammed Mechmache fait résonner ses préoccupations autour du souvenir fort laissé par cet événement tragique : « À l’époque on disait + plus jamais ça + mais malheureusement il y en a encore ». La référence récente à Nahel illustrant son propos souligne encore ces enjeux persistants.
De plus politiques locales continuent aussi à être critiquées pour leur lente évolution face aux inégalités toujours présentes dans certains quartiers. Éric Coquerel précise sur X que depuis vingt ans tout semble même empirer quant aux discriminations subies : inégalités économiques ou raciales persistantes couplées aux cas récents mettant sous tension notre société.
Dominique de Villepin rappelle lui aussi cette ombre planant sur ces événements marquants lorsqu’il était Premier ministre lors du drame : vingt années ayant passé sans voir l’adversité véritablement soulagée ni intégration pleine assurée.
La cérémonie semblait ainsi ressembler non seulement à un hommage important mais également souhaitait-elle éveiller davantage l’esprit collectif autour des valeurs qui fondent notre société française.