Réconcilier la France avec ses banlieues par l’économie : Aziz Senni à l’initiative d’un changement

À 47 ans, Aziz Senni, entrepreneur et essayiste, souhaite rétablir le lien entre la France et ses banlieues en favorisant leur développement économique. Il publie son livre Made in Banlieue le 6 novembre chez Michel Lafon et prépare la deuxième édition du “Davos des banlieues” prévue pour fin novembre.
Un modèle inspirant : le Davos des banlieues
Aziz Senni pose une question provocatrice : « Si Davos est le lieu où les élites discutent de la marche du monde, alors pourquoi ne pas avoir notre Davos ? » Avec cet événement, il aspire à réunir les chefs de file du secteur public et privé ainsi que les acteurs locaux pour favoriser un dialogue constructif. Après un premier rendez-vous présidé par Xavier Niel, il espère capitaliser sur cet élan positif.
Dans son ouvrage, il avance une estimation : « Les banlieues françaises valent au moins 150 milliards d’euros ! » Selon lui, ce potentiel est largement sous-utilisé alors que le pays se débat dans une crise économique persistante.
Une expérience personnelle marquante
Né à Mantes-la-Jolie de parents marocains et ayant grandi dans une cité HLM, Aziz Senni a su tirer parti de son parcours difficile. Après un BTS, il travaille simultanément dans deux emplois avant de fonder sa première entreprise dans le transport au début des années 2000. Son échec en 2016 lui a permis d’acquérir des enseignements précieux : « Je bossais la journée et je développais mon activité le soir. C’était difficile, mais je n’ai jamais rien demandé à personne. »
Critique acerbe des politiques passées envers les banlieues depuis trois décennies, il explique : « L’approche politique s’est faite sans créativité. Est-ce qu’on a bien investi ? Non », ajoutant que souvent seul l’urbanisme semble être pris en compte lors des discussions sur ces territoires.
Des chiffres révélateurs sur le potentiel économique
Aziz Senni met en lumière plusieurs chiffres clés : « 250 000 entreprises aujourd’hui installées dans ces banlieues représentent 75 milliards d’euros » et leurs six millions d’habitants génèrent une consommation annuelle de 42 milliards d’euros. Pour lui, avec un taux élevé de natalité, presque un bébé sur quatre naît dans ces zones, cette dynamique devrait attirer davantage l’attention.
Regard vers l’étranger : exemple du Bronx
Il souligne également que seulement « 2% des investissements privés français vont dans ces quartiers », pointant là un paradoxe qui interpelle tous ceux soucieux du développement territorial de ce pays. Un sondage IFOP révèlerait même qu’environ 40% des Français jugent que l’image véhiculée autour des banlieues entrave leur attractivité économique.
Pour conclure cette analyse pragmatique – tout en reconnaissant certains enjeux de sécurité – Sénni insiste sur les atouts présents en milieu urbain délaissé : opportunités logistiques considérables grâce à la montée fulgurante du e-commerce ainsi que proximité avec les axes stratégiques comme autoroutes ou gares essentielles pour développer efficacement l’économie locale.