Backrooms a été l’une des surprises de l’année au box-office, où il a dominé les entrées et devancé des blockbusters bien plus imposants. Adapté de la série YouTube de Kane Parsons, elle-même née de photographies de creepypasta consacrées aux « liminal spaces », le film entraîne un homme et sa thérapeute dans un labyrinthe de pièces jaunes, dans un monde qui n’est peut-être pas le nôtre. Le réalisateur a convaincu critiques et spectateurs, mais le genre qu’il exploite a déjà produit plusieurs films marquants.
- Les films «liminaux» créent un malaise en exploitant des lieux familiers mais étranges.
- Backrooms s'inspire de ces environnements tout en étant moins abouti que d'autres classiques du genre.
- Les hôtels et labyrinthes noirs, comme dans The Shining ou Cube, renforcent l'effet oppressant de ces espaces.
- Certains films montrent que ces lieux symbolisent souvent l'impossibilité d'échapper à une situation oppressive.

Le terme désigne des environnements construits qui paraissent familiers tout en étant étranges, voire irréels, et qui évoquent tantôt la nostalgie, tantôt un profond malaise. Si Backrooms en maîtrise désormais les codes, il n’est pas le plus réussi de la catégorie, et plusieurs films des années passées sont allés plus loin. Les meilleurs d’entre eux font ressentir ce trouble aussi bien aux personnages qu’au public, et rendent les scènes déjà terrifiantes encore plus pesantes.
Vivarium et Lost Highway, le malaise du quotidien
Parmi les films moins connus du genre, Vivarium place l’angoisse dans un lotissement entier baptisé Yonder, plutôt que dans des pièces closes. Un jeune couple à la recherche d’une maison s’y retrouve piégé, sans jamais parvenir à en sortir. Jesse Eisenberg et Imogen Poots incarnent ces deux personnages, qui découvrent qu’ils ne sont pas seuls dans la communauté, mais qu’ils n’ont d’autre choix que d’élever un bébé qu’on leur a confié. Le quartier réunit tous les signes des espaces liminaux, des nuages peints aux symétries troublantes, jusqu’à l’effroi existentiel d’une vie domestique dont on ne peut s’échapper. La fin, particulièrement cruelle, montre que personne ne peut plus quitter ce quotidien une fois qu’il s’y est enfermé.
David Lynch, lui, exploite ces lieux depuis des années, de Eraserhead à Mulholland Drive, jusqu’à sa série Twin Peaks. Dans Lost Highway, moins souvent cité, Bill Pullman incarne Fred Madison, un saxophoniste de jazz qui reçoit des cassettes vidéo anonymes montrant qu’on l’épie, lui et sa maison. Arrêté pour le meurtre de sa femme, il se retrouve soudain dans la peau d’un jeune mécanicien, Pete Dayton, interprété par Balthazar Getty. Les routes désertes, les couloirs sombres et l’espace flou entre veille et rêve servent une histoire de identité fracturée, de paranoïa et de culpabilité, où la frontière entre fait et fiction ne cesse de se brouiller.
The Shining et Cube, des pièges architecturaux
Les hôtels offrent sans doute l’exemple le plus familier de lieu liminal. Leurs moquettes, leurs longs couloirs et leur vocation de lieux de passage donnent l’impression que personne n’y est vraiment à sa place. Stanley Kubrick a su exploiter ce sentiment à la perfection dans The Shining, son chef-d’œuvre d’épouvante. L’hôtel Overlook est, à lui seul, un immense espace liminal, que l’on retrouve dans les couloirs où le petit Danny roule sur son tricycle, dans la poursuite où Jack tente de tuer sa femme Wendy, ou encore dans le labyrinthe de haies où Jack, perdu sous la tempête de neige, meurt de froid. Le film suggère même que Jack a toujours été là, ce qui en fait, selon l’article source, le film d’horreur le plus terrifiant du genre.
Cube, réalisé par Vincenzo Natali et sorti en 1997, remporte la palme de la pureté du concept. Ce film indépendant suit sept inconnus qui se réveillent dans un labyrinthe mécanique et sans fin de pièces cubiques, toutes de même taille mais toutes dangereuses. Certaines sont sûres, d’autres recèlent des pièges mortels déclenchés par des codes mathématiques fondés sur les nombres premiers. Les personnages doivent comprendre pourquoi ils sont là et résoudre les énigmes pour survivre. Selon l’article source, Cube a préfiguré l’univers de Backrooms, tout en annonçant, quelques années plus tard, la mécanique de pièges que Saw allait rendre célèbre.