Le cardinal Peter Erdo, archevêque d’Esztergom-Budapest, devient une figure centrale dans le débat sur l’accueil des migrants au sein de l’Église catholique. Alors que ses positions se distinguent de celles du pape François, elles suscitent également des inquiétudes parmi les libéraux et les conservateurs.
Un changement de position face aux migrants
Il y a dix ans, lors d’un soutien visible aux réfugiés, le pape François a lavé les pieds de 12 demandeurs d’asile en Italie. En revanche, le cardinal Erdo avait initialement fermé les portes de l’église en Hongrie, affirmant que « nous deviendrions des contrebandiers humains si nous prenions des réfugiés ». Après avoir rencontré le pape François, il a modifié sa position mais n’a pas épousé la rhétorique populiste du Premier ministre hongrois Viktor Orban.

Des critiques partagées
Cette ambivalence dans son approche a établi Erdo comme un représentant pour ceux qui souhaitent contrecarrer l’approche plus accueillante du pape François. Son style intellectuel et autoritaire sur le droit canonique semble contradictoire avec sa faible expérience pastorale directe. Istvan Gegeny, président de la Fondation Szemlelek en Hongrie, remarque : « Il est avocat, pas pasteur. Il se rapporte à eux d’une manière formelle, pas émotionnellement.
Réseau influent au sein de l’Église catholique
Au fil des années, Cardinal Erdo s’est constitué un réseau auprès de nombreux cardinaux influents capables de participer à la désignation du prochain pape. Bien qu’il ait conquis une certaine popularité dans certaines circonscriptions occidentales et auprès de dirigeants d’Amérique latine et d’Afrique grâce à ses fonctions précédentes au Conseil des conférences épiscopales d’Europe (2006-2016), il fait face à une érosion du nombre de fidèles catholiques en Hongrie.
Une figure clivante
Les opinions divergent quant à lui. Certains conservateurs pensent qu’il pourrait ramener l’église vers les traditions défendues par Jean-Paul II et Benoît XVI. D’autres soulignent qu’il n’est pas rigide en disant : « Ce n’est pas une vraie ligne dure » selon Tibor Gorfol.
Cependant, sa résistance à endosser non seulement un rôle proactif contre la crise migratoire mais aussi son silence concernant les allégations d’abus sexuels contre certains prêtres témoignent d’une prudence jugée excessive par certains observateurs. En 2023 notamment, sa présence à un pique-nique organisé par Fidesz lui vaut des reproches venant même parmi certains catholiques hongrois libéraux.
« Le silence est malheureusement la principale stratégie de l’Église catholique hongroise » sous son leadership soutient M. Gorfol.
Mise en perspective
Alors que la Hongrie continue de faire face aux défis posés par le déclin religieux dans ce pays considéré comme bastion chrétien européen par son gouvernement actuel sous Viktor Orban, l’avenir du cardinal Erdo pourrait bien influencer non seulement la dynamique locale mais aussi celle au sein de l’ensemble du collège électoral destiné à élire le prochain pontife romain.