Dag Solstad, un romancier norvégien réputé pour son exploration des thèmes de l’aliénation et du désenchantement, est décédé à l’âge de 83 ans le 14 mars 2023 à Oslo. Son éditeur a annoncé sa mort suite à une crise cardiaque survenue dans un hôpital. Sa disparition a été qualifiée par le Premier ministre, Jonas Gahr Støre, de « grande perte pour la littérature norvégienne ».
Dag Solstad, romancier engagé et novateur
Dag Solstad était connu pour ses œuvres littéraires qui questionnaient et redéfinissaient les conventions narratives. En 2015, Ane Farethas, critique littéraire, a décrit M. Solstad comme un « provocateur littéraire », capable d’initier des débats grâce à ses expériences formelles. Il reste cependant largement méconnu au-delà des frontières norvégiennes. Ses écrits ont suscité un intérêt dans diverses publications européennes et américaines, mais peu d’attention soutenue dans le monde anglophone.

Des personnages en quête de leur identité
Dans son univers sombre habituellement hanté par des personnages désillusionnés, Solstad ne priorisait pas la narration classique. Dans une interview avec Farethas en 2016 pour la Revue de Paris, il a avoué qu’il n’était « pas terriblement intéressé par la narration ». Au contraire, il préférait explorer les vies intérieures tortueuses de ses protagonistes qui se débattaient entre l’autocritique et leur environnement hostile. Le narrateur de son roman “T Singer” (1999) décrit ces luttes : « En regardant en arrière, il voit que sa vie a été marquée principalement par l’agitation. » Cela montre bien l’état d’esprit tragique et contemplatif actuel chez ses personnages.
Un style distinctif rempli de réflexion profonde
Les critiques ont souvent noté que le style unique de M. Solstad pouvait susciter soit admiration soit confusion. James Wood du New Yorker commentait que dans « T Singer », « l’ennui obtient une sorte de pouvoir hallucinatoire » tandis qu’Ane Farethas mettrait en avant son approche répétitive disant qu’elle était « un modèle de répétitions stylisées ». Malgré ce caractère parfois déroutant pour les lecteurs étrangers, certains recents ouvrages ont pris une tournure plus accessible tout en maintenant cette profondeur introspective.
L’héritage littéraire complexe d’un écrivain engagé
Né le 16 juillet 1941 à Sandefjord, Dag Solstad avait commencé sa carrière littéraire avec « Spiraler » publié en 1965, suivi rapidement par plusieurs romans acclamés comprenant « Irr ! Gront ! » (1969). Ses préoccupations sociales étaient omniprésentes mais souvent explorées sous une lentille personnelle intime plutôt que politique directe. « Il y a un fort soupçon chez moi du mentalité typiquement étranger », affirmait-il dans une interview témoignant ainsi d’une certaine distance envers son propre art et pays. En dépit d’une sérieuse renommée domestique où il remporta plusieurs prix prestigieux dont trois fois celui du Critique Norvégien, beaucoup trouvent encore difficilement leurs repères autour des thèmes complexes abordés par cet auteur prolifique. M. Solstad laisse derrière lui sa femme Therese Bjorneboe ainsi que trois filles et trois petits-enfants. Il restera sans doute comme l’un des auteurs majeurs ayant façonné la modernité littéraire norvégienne jusqu’à aujourd’hui.