Les données menacent-elles notre survie ?

L’impact du surplus de données sur notre société : entretien avec Laurent Darmon

  • Laurent Darmon explique comment la révolution numérique crée des opportunités et des défis.
  • Les réseaux sociaux favorisent la formation de bulles informationnelles et la propagation de thèses complotistes.
  • Internet permet à chacun d'exprimer son avis librement, créant une présomption générale de compétence.
  • Une dépendance accrue aux données peut éclipser notre libre arbitre et notre créativité.

Les données menacent-elles notre survie ?

L’essor des données dans nos vies entraîne une transformation profonde qui remet en question la légitimité du pouvoir et les valeurs sociétales. Dans son livre « Bienvenue dans le dataïsme », Laurent Darmon, docteur en sciences de l’information et de la communication, explique comment cette révolution numérique crée à la fois des opportunités et des défis.

Une rupture civilisationnelle

Laurent Darmon s’inspire de la transition historique entre les systèmes religieux et humanistes pour illustrer l’importance du changement actuel. Selon lui, « ce passage a remis en question tout un système de valeurs » et a modifié profondément « la légitimité du pouvoir, l’organisation sociale et le modèle économique ». Il souligne que le pouvoir s’est déplacé d’une autorité religieuse vers des instances plus centrées sur l’État. Aujourd’hui, avec la data, nous assistons à un nouveau choc qui favorise l’émergence de mouvements anti-système.

Les effets des réseaux sociaux

Les réseaux sociaux jouent un rôle clé dans cette dynamique. Ils permettent aux groupes marginalisés de se regrouper autour d’idées similaires, créant ainsi des bulles informationnelles. Cela favorise aussi la propagation de thèses complotistes. Désormais, souligne Darmon : « là où avant nous nous confrontions aux opinions des autres, aujourd’hui nous vivons en vase clos ».

Centralisation économique versus décentralisation sociale

Les médias traditionnels ne sont plus les seuls gatekeepers ; chacun peut maintenant exprimer son avis librement grâce à Internet.

Il précise que cela donne lieu à une présomption générale de compétence, où chaque individu se voit comme un expert : « Nous sommes désormais “60 millions d’experts en tout” ».

La donnée comme arme politique

Dans le domaine politique, l’utilisation excessive des chiffres soulève aussi une préoccupation majeure. Bien qu’ils soient souvent perçus comme objectifs, leur traitement implique nécessairement des biais politiques. Ce phénomène est aggravé par l’avènement de l’intelligence artificielle (IA), dont les décisions peuvent être influencées par les données historiques biaisées utilisées pour sa formation.

Darmon avertit qu’une dépendance accrue vis-à-vis d’une efficacité mesurée par les données pourrait éclipser notre libre arbitre : « À quel prix souhaitons-nous cette efficacité ? Sommes-nous prêts à sacrifier notre créativité pour un optimum imposé par des machines ? »

Hebdo 2023 : réagir face aux enjeux digitaux

Le débat autour des connaissances numériques chez nos représentants politiques est crucial selon Bettan. Il propose une réforme vers une meilleure sensibilisation au digital afin qu’il n’existe pas seulement un flou juridique face aux problématiques telles que le cyberharcèlement ou l’addiction.

« Le digital n’est pas virtuel », insiste-t-il ; ses conséquences sont bien réelles sur nos sociétés.

Cet échange riche en perspectives, Darmon pose finalement cette question essentielle : quelle direction voulons-nous prendre ? Le choix fait aujourd’hui déterminera si nous embrassons véritablement ces avancées technologiques ou si nous restons sous contrôle aveugle d’un système capitaliste dominé par quelques géants technologiques sans régulation appropriée.

Journaliste spécialisé dans l’actualité, je combine dix ans d’expérience en rédaction avec une curiosité constante pour la société et l’innovation. Marié et passionné de randonnée, j’aime partager une information claire, fiable et accessible à tous.