Un film puissant sur l’anxiété et le traumatisme
Le long-métrage « Désolé, bébé », réalisé par Eva Victor, offre un portrait nuancé d’Agnès, une professeure d’anglais confrontée à ses propres démons intérieurs. Récemment promue dans son collège, Agnès subit une anxiété grandissante exacerbée par la grossesse de sa meilleure amie Lydie. Ce film met en lumière les complexités humaines qui entourent les thèmes de l’amitié, du trauma et de la résilience.
Sa relation avec Lydie évoque la peur de perdre cet amour amidonné lorsque celle-ci entre dans un nouveau chapitre de sa vie. Une remarque passive-agressive lors d’une réunion scolaire entraîne Agnès vers une crise d’anxiété.

Le récit est construit autour des flashbacks qui dévoilent progressivement la source des tourments d’Agnès. Dans cette approche narrative fluide, Victor passe entre des moments lumineux et sombres pour explorer l’évolution psychologique de son héroïne.
Au cœur de ces souvenirs se trouve le conseiller académique Preston Decker, dont l’intérêt pour le travail d’Agnès nourrit une dynamique ambivalente. Lorsqu’il lui prête une édition spéciale de La Promenade au phare de Virginia Woolf, cela révèle les aspirations cachées ainsi que les vulnérabilités du personnage.
L’événement déclencheur – une expérience traumatique représentée sous forme elliptique – engendre chez Agnès non seulement de l’anxiété mais aussi de la rage dès qu’elle cherche à retrouver la normalité après ce choc. Une scène poignante présente son rendez-vous médical où elle fait face aux attitudes patriarcales lourdes du système médical face aux violences sexuelles.
Victor nous amène à comprendre que même si le sujet central du film traité demeure celui du traumatisme, « Désolé, bébé » n’est pas simplement un drame typique sur cette thématique ; il s’agit plutôt d’une œuvre sur la continuité humaine malgré ces ruptures horribles.
« Nous avons tous nos façons distinctes de gérer notre passé », écrivons-nous dans un élan cathartique partagé dans le cadre intime qu’offre cette histoire tragique mais pleine d’espoir. En abordant ce parcours émotionnel avec humour noir et bienveillance, Eva Victor crée ainsi des attentes vis-à-vis du futur du cinéma indépendant.
Sous cette surface dramatique se cache également une critique sociétale plus large concernant la façon dont certaines victimes sont accueillies par leur entourage ou institutions face au trauma vécu hostilement durant notre présent collectif, encore trop souvent peu réceptif aux souffrances passées.