Hamnet : Un regard poignant sur Shakespeare et le deuil

Le film « Hamnet » , qui sortira en salles mercredi, offre une nouvelle interprétation de l’œuvre de William Shakespeare. Réalisé par Chloé Zhao, il explore les thèmes du chagrin et de l’inspiration artistique à travers la perte tragique de Hamnet, le fils du dramaturge.
Une tragédie personnelle
Dans « Hamnet » , Paul Mescal incarne William Shakespeare, un dramaturge en difficulté amoureux d’Agnès (Jessie Buckley), qu’il épousera malgré l’opposition des familles. Le film met en lumière le jeune couple avant même leur mariage et introduit rapidement leur fils Hamnet (Jacobi Jupe). La mort prématurée de cet enfant inspire clairement la création d’une des œuvres majeures du théâtre mondial : « Hamlet ».
Le film commence avec une déclaration audacieuse affirmant que « Hamnet est Hamlet », mettant ainsi en évidence le lien entre la perte personnelle de Shakespeare et son art. Maggie O’Farrell, auteur du roman dont est tiré le scénario coécrit par Zhao, donne une profondeur émotive à cette histoire inspirée par la vie réelle.
Les défis du chagrin
La dynamique entre Will et Agnès se détériore alors qu’ils tentent de naviguer dans leur douleur après la perte de leur fils. Les performances des acteurs transmettent non seulement un immense chagrin mais illustrent également les luttes quotidiennes des parents face au vide laissé par un enfant décédé.
Les enfants comédiens ajoutent également une touche poignante au récit ; Judith (Olivia Ltynes) et Susanna (Bodhi Rae Breathnach), les sœurs de Hamnet, apportent authenticité et émotion à leurs rôles.
Un nouvel éclairage sur Hamlet
L’idée que “Hamlet” puisse être considéré comme une métaphore pour quelqu’un qui n’est pas même présent dans la pièce est une interprétation novatrice qui enrichit notre compréhension classique. Ce point soulève des questions autour du processus créatif lié au deuil : Que reste-t-il pour ceux qui perdent des êtres chers ?
Dans ce contexte, Will transforme son chagrin en œuvre d’art lors des répétitions théâtrales où il revisite certains dialogues emblématiques. Rien ne pourra jamais remplacer son fils perdu ; néanmoins, selon Zhao, jouer Hamlet permet au personnage d’essayer « de laisser revivre son fils ».
Une œuvre visuellement évocatrice
La réalisation authentique choisie par Zhao privilégie les lumières naturelles sans recourir aux effets spéciaux numériques (CGI), réalisant ainsi une ambiance historique réaliste faite principalement dans les forêts et périmètres naturels.
L’atmosphère rappelle des drames classiques comme « Barry Lyndon », offrant aux spectateurs un voyage immersif dans l’époque élisabéthaine tout en traitant avec sensibilité le sujet fragilisant du deuil.
À travers son exploration constructive du chagrin et sa capacité à transformer celui-ci en art cathartique, « Hamnet » promet d’être non seulement un hommage émouvant à Shakespeare mais aussi une réflexion profonde sur ce que signifie vivre après avoir subi une telle perte.
Ce film arrive donc moins comme un simple divertissement qu’à titre d’étude introspective sur les complexités humaines liées à l’amour paternel perdu dans le cadre exceptionnellement stylisé du théâtre élisabéthain.
Fred Topel continue sa carrière d’écrivain basé à Los Angeles avec plus de deux décennies dans le domaine critique cinématographique.