Chapô
La nouvelle version de l’opéra inachevé « Khovanshchina » de Modest Mussorgsky, révisée par Gerard McBurney, sera présentée lors du Salzburg Easter Festival. Cette œuvre controversée reflète une fresque historique tragique et son achèvement met en lumière les enjeux politiques toujours d’actualité.
- Nouvelle version terminée de l'opéra «Khovanshchina» de Modest Mussorgsky sera présentée au Salzburg Easter Festival.
- Gerard McBurney a créé cette version basée sur un passage fictif inspiré de «Moscou-Petushki» de Venedikt Yerofeyev.
- McBurney explique que cette œuvre montre comment l'inachèvement de «Khovanshchina» est lié à la culture russe.
- La version moderne rend l'œuvre plus accessible tout en conservant son essence historique.

Une œuvre emblématique inachevée
Au lieu de terminer son chef-d’œuvre « Khovanshchina », Modest Mussorgsky se retrouve ivre dans un fossé. Un passage fictif, inspiré par la satire soviétique « Moscou-Petushki » de Venedikt Yerofeyev, évoque cet état désespéré. Loin de là, Gerard McBurney a créé une nouvelle version terminée qui sera dévoilée samedi au Salzburg Easter Festival.
McBurney explique que cette scène montre comment l’opéra resté inachevé est lié à la culture russe. « Yerofeyev, écrivant à un public qui n’avait probablement jamais été dans l’opéra dans sa vie – ils connaissent cette histoire sur ce grand génie qui est l’échec russe emblématique », déclare-t-il.
Mussorgsky est décédé en 1881 sans achever certaines scènes clés. En effet, le compositeur Nikolai Rimsky-Korsakov a présenté la première édition au Mariinsky Theatre en 1886, suivie plus tard par d’autres arrangements incluant des contributions d’Igor Stravinsky et Dmitri Shostakovich.
Un pont entre deux époques musicales
McBurney décrit sa réalisation comme un « pont » entre la musique originale de Mussorgsky et celle de Stravinsky. Sa contribution s’est déjà fait entendre l’année dernière avec le Finnish Radio Symphony Orchestra dirigé par Esa-Pekka Salonen.
La répétition récente à Salzbourg révèle une lecture contemporaine frappante où une traduction moderne et vernaculaire du livret rend la pièce plus accessible tout en conservant son essence historique. Simon McBurney dirige cette production en coopération avec le Metropolitan Opera pour une présentation future à New York.
Un aspect notable réside dans la volonté d’adresser les lacunes structurelles laissées par Mussorgsky : plutôt que de chercher continuité narrative, Salonen affirme que « ce sont des fragments ». Il souligne qu’il faut accepter leur nature disjointe.
L’héritage culturel au cœur des interprétations
Gerard McBurney nourrit depuis longtemps une passion pour Mussorgsky. À 14 ans, il découvre ses œuvres grâce aux voyages de son père archéologue en Russie. « J’ai toujours été intéressé par sa nature fragmentaire et inachevée », confie-t-il.
Pour adapter le livret à un public contemporain tout en respectant ses fondements vernaculaires, McBurney a collaboré avec Hannah Whitley pour produire une version anglaise fidèle à l’esprit original : à certains moments teintés d’humour brutaux ou cruels mettant ainsi en valeur le style distinctif développé par Mussorgsky dans ses écrits dramatiques.
Réflexion sur notre époque
Tentative poignante d’établir des parallèles entre hier et aujourd’hui ; Gerard McBurney note que l’œuvre questionne profondément l’héritage culturel : « Les gens veulent sentir qu’ils ne sont pas juste un peu de duvet. »
À bien des égards, cette exploration éclaircit notre compréhension non seulement du drame musical mais aussi des besoins persistants humains liés aux racines culturelles et identitaires face aux bouleversements historiques.
Finissant avec ces réflexions profondes sur nos liens humains face aux forces tumultueuses, cette interprétation pourrait être perçue comme révélatrice alors même que nous faisons face à nos propres incertitudes contemporaines.