Marion Cotillard : " J'avais cette envie d'écrire un film pour elle "

Guillaume Canet revient au thriller avec Karma, un film qui aborde l’emprise et les abus, et dont Marion Cotillard est l’héroïne. Dans un entretien accordé à Paris Match, le réalisateur raconte la genèse du projet, né d’un voyage au Portugal, ainsi que le travail d’enquête qu’il a mené pour nourrir son scénario. Le film sort dans les salles le 14 octobre.

  • Guillaume Canet revient au thriller avec Karma, un film sur l'emprise et les abus.
  • Le scénario est inspiré d’un voyage au Portugal et d’enquêtes journalistiques sur des sectes.
  • Marion Cotillard incarne une femme brisée, dans une relation toxique avec un leader sectaire joué par Denis Ménochet.
  • Canet souligne la préparation sérieuse de Cotillard et son engagement artistique profond.

Marion Cotillard : » J’avais cette envie d’écrire un film pour elle «

Un film né d’un dîner au Portugal

Au départ, Guillaume Canet voulait écrire un film pour Marion Cotillard. Il avait en tête une femme mystérieuse, à la double vie, contrainte de solder un passé trouble pour pouvoir continuer à vivre, une héroïne hitchcockienne dans la lignée de Kim Novak dans Sueurs froides. Le déclic est venu d’un voyage au Portugal. Lors d’un dîner, il a rencontré un homme qui lui a raconté son histoire : à 17 ans, il avait fui la secte dans laquelle il était né, et où ses parents étaient restés. Ce récit l’a profondément bouleversé, et tout s’est soudain assemblé dans sa tête. Il écrit toujours, dit-il, à partir de ce qui le touche et de ce qu’il ressent au moment où il travaille sur un film. Au moment de Karma, il venait de traverser plusieurs trahisons, ainsi que des déconvenues professionnelles et amicales.

Ce n’était pas tout à fait la même démarche pour Les petits mouchoirs, où il se demandait ce qu’il avait bien pu faire pour mériter ce qui lui arrivait. Marion Cotillard lui avait alors répondu, en substance, que la vie se chargerait de lui apporter les réponses. Pour Karma, Guillaume Canet a surtout mené ce qu’il qualifie lui-même d’enquête « presque journalistique ». Il a rencontré d’autres victimes de sectes et assisté à des procès, où il se rendait grimé pour passer inaperçu. Cette immersion lui a permis de mesurer les dérives sectaires, mais aussi le mécanisme de l’emprise et de la manipulation, des thèmes qu’il avait déjà effleurés dans Mon idole.

Une relation toxique et une actrice qui se donne tout entière

Le film repose sur deux relations fortes. D’un côté, l’histoire d’amour entre Jeanne, interprétée par Marion Cotillard, et son compagnon Daniel, incarné par Leonardo Sbaraglia, deux êtres brisés par la vie qui se soutiennent malgré l’adversité. De l’autre, le lien de Jeanne avec Marc, le leader de la secte où elle revient se cacher, joué par Denis Ménochet. Ce mélange de toxicité et d’attraction-répulsion exigeait, selon le réalisateur, un acteur de haut niveau. Denis Ménochet s’est imposé comme une évidence. Sur le tournage, les deux comédiens ont demandé à ne pas interagir en dehors des prises, et ne se croisaient presque pas. Guillaume Canet voit dans le personnage de Marc un schéma connu : « Même si cela ne les excuse pas, les bourreaux ont souvent été des victimes, ils répètent le même cycle de violence parce qu’ils n’ont pas été arrêtés et soignés. »

Face à la caméra, Marion Cotillard continue de le surprendre. Le réalisateur souligne qu’elle travaille beaucoup en coulisses, sans jamais le montrer, en réfléchissant à son personnage et en posant des questions pendant la préparation. « Marion est capable de tout donner sur une seule scène », affirme-t-il, avant d’ajouter qu’elle propose souvent des pistes très différentes les unes des autres. Il se souvient de la préparation de The Immigrant, de James Gray, pendant laquelle elle parlait polonais à la maison. Il rappelle aussi la scène de Batman. The Dark Knight Rises, qui a fait débat, en soulignant que le choix de conserver une prise revenait au metteur en scène : « Si une actrice donne sa confiance à un metteur en scène, il doit en prendre soin. »

Le public, la séparation et les projets à venir

Le lien avec le public reste, pour Guillaume Canet, au cœur de son travail. Lors des avant-premières de Karma, il perçoit une curiosité réelle, parfois presque une fidélité, et dit mesurer la chance qu’il a de pouvoir exercer ce métier grâce à elle. La sortie des Petits mouchoirs s’est pourtant déroulée dans un contexte douloureux : il était, ce matin-là, aux obsèques d’un ami mort à moto, comme dans le film. Aujourd’hui, il est touché lorsque des spectateurs viennent le voir, les larmes aux yeux, pour lui confier qu’ils ont vécu la même chose. Lui-même se souvient d’avoir pleuré à chaudes larmes, place de Clichy, après avoir vu La dernière marche, de Tim Robbins. Ce qu’il a ressenti en jeune spectateur, il espère aujourd’hui le transmettre en tant que metteur en scène, en gardant en tête une citation de Carl Jung à Freud : « Les artistes, les peintres, les musiciens sont les éboueurs de l’inconscient collectif, ce dernier rempart avant la guerre. »

Interrogé sur sa séparation avec Marion Cotillard, dont il ne fait pas mystère, il répond sans détour : « Nous avons énormément de respect l’un pour l’autre. » Il évoque notamment la présentation de Karma au Festival de Cannes, qui, selon lui, reflétait ce qu’ils ont partagé pendant toutes ces années. Côté acteur, il sera prochainement à l’affiche de Fantômas, de Frédéric Tellier, avec Romain Duris, qui sortira au début de l’année prochaine, de Forty Love, aux côtés de Paul Kircher et Benjamin Voisin, et de la suite d’Ad vitam. S’il rêve de tourner avec Paul Thomas Anderson, les frères Dardenne, Pierre Salvadori ou Pio Marmaï, son rôle idéal reste celui d’un personnage en équilibre précaire : « Interpréter un fou, un schizophrène, un personnage vraiment sur le fil. Jouer l’ambivalence, l’ambiguïté. J’aime cette complexité-là. »

Journaliste spécialisé dans l’actualité, je combine dix ans d’expérience en rédaction avec une curiosité constante pour la société et l’innovation. Marié et passionné de randonnée, j’aime partager une information claire, fiable et accessible à tous.