La romancière Agnès Desarthe a récemment traduit « La méridienne », une œuvre captivante de Marghanita Laski, écrite en 1953. Ce court roman met en lumière les souffrances et l’oppression des femmes dans une société marquée par la maladie et les contraintes sociales.
- La romancière Agnès Desarthe a traduit «La méridienne» de Marghanita Laski, un court roman écrit en 1953.
- L'histoire se déroule à Londres dans les années 1950, où Melanie Langdon lutte contre la tuberculose.
- Melanie se retrouve dans une époque victorienne après avoir vu un espoir de guérison, confrontée à des jugements sociaux sévères.
- Le livre explore les luttes des femmes face aux attentes sociales et religieuses, restant d'actualité malgré le temps.

Une vie entre deux époques
L’histoire se déroule à Londres dans les années 1950, où Melanie Langdon lutte contre la tuberculose. Après huit mois passés confinée dans sa chambre, elle commence à voir un espoir de guérison. Malgré son bonheur apparent avec son mari avocat et leur enfant de sept mois, elle est rattrapée par ses incertitudes existentielles. Le docteur Gregory lui propose de continuer sa convalescence dans le salon mitoyen, où elle pourra observer l’arrivée de l’été depuis une méridienne victorienne qu’elle a achetée.
Mais alors qu’elle s’allonge sur le divan pour se reposer, tout bascule. Melanie se réveille non pas à Londres en 1950 mais en 1864, sous l’identité de Milly Baines, également atteinte de tuberculose mais condamnée à mort. Les flamboyantes visions de liberté et d’espoir cèdent la place aux ténèbres d’une époque victorieuse oppressante où Milly doit faire face aux jugements sociétaux après avoir eu un enfant hors mariage.
Un style unique
Marghanita Laski (1915-1988), journaliste et écrivaine anglaise renommée, réussit avec « La méridienne » à créer une atmosphère aussi brumeuse que précise. Le style évoque un mélange d’angoisse et d’intensité joyeuse qui réside dans chacun des personnages féminins du récit. Elles témoignent toutes deux du sentiment partagé d’extase ainsi que du lien indéfectible entre vie et mort, bien que leurs destinées soient teintées par des contextes socio-historiques très différents.
« Tout est doute », souligne Laski au fil des pages, traçant un parallèle frappant entre la lutte constante des femmes face aux attentes chrétiennes, aux rôles sociaux imposés et au poids du regard masculin omniprésent.
Les protagonistes doivent naviguer au milieu des politiques restrictives dictées tant par leurs mariages que par leur santé fragile : Melanie joue sur son apparence pour satisfaire son mari tandis que Milly cache sa colère pour espérer être sauvée par un autre homme.
Résonance intemporelle
La traduction de « La méridienne », désormais éditée chez L’Olivier, reste cruellement actuelle malgré ses références historiques. À travers cette profonde exploration psychologique et sociale, il apparaît clairement que même si les progrès ont été réalisés entre 1860 et 1950 pour la condition féminine, celle-ci demeure esclavagiste sous divers aspects.
Un héritage dont elles n’ont toujours pas réussi à s’affranchir totalement aujourd’hui.
La méridienne, Marghanita Laski, éd. L’Olivier, 170 pages – 17,50 euros.