Nora Aunor, icône du cinéma philippin, est décédée le 16 avril à l’âge de 71 ans dans un hôpital de Pasig, près de Manille. Sa famille a annoncé qu’elle était morte d’une insuffisance respiratoire aiguë suite à une angioplastie.
Une carrière marquante
Aunor, célèbre actrice et chanteuse philippine surnommée « The Superstar », a capté l’attention des Philippines pendant près de 60 ans. Son fils Ian De Leon a déclaré : « Au fil des décennies, elle a construit une carrière qui a façonné l’âme même de notre culture ». Connue pour sa petite stature et ses yeux expressifs, elle s’est démarquée à une époque où les standards physiques du cinéma aux Philippines favorisaient souvent des traits plus occidentaux.

Son parcours cinématographique débute dans les années 1960 avec des films légers avant qu’elle ne brille dans le drame « Bona » en 1980 réalisé par Lino Brocka. Dans ce film, elle incarne un personnage obsédé par un homme narcissique : « La férocité effrayante, la vulnérabilité et l’abandon dégagés par la performance d’Aunor [.] hantent chaque scène », souligne Andréa Picard du Festival international du film de Toronto.
Reconnaissance et récompenses
Nora Aunor a reçu plusieurs distinctions au cours de sa carrière dont un prix FAMAS pour son rôle dans « Bona » ainsi que d’autres récompenses pour la meilleure actrice tout au long de sa vie professionnelle. En 2011, elle reçoit également un prix honorifique pour son parcours exceptionnel.
La renommée d’Aunor se manifeste lors des premiers succès comme pour son film « Vous êtes la mère de votre fille » (1979), lorsque la foule se presse si fortement autour d’elle après une projection que son agence est laissée intacte grâce à un simple geste : « Tout ce qu’elle a fait était de mettre un doigt sur ses lèvres », raconte M. Brocka.
Impact culturel
Au-delà du cinéma, Nora Aunor s’est illustrée en musique avec des interprétations puissantes qui ont touché le cœur des Philippins. Elle considérait cette dualité entre chant et jeu comme essentielle chez elle : « Personnellement, dans mon cœur, j’aime vraiment la musique [.] Agir est une partie de moi qui me satisfait aussi ».
Bien que sa santé ait décliné ces dernières années – notamment après avoir subi une opération chirurgicale maladroite en 2010 ayant endommagé ses cordes vocales – elle n’a cessé d’apparaître sur scène jusqu’à récemment.
À travers plus de 200 crédits au cinéma incluant des rôles puissants tels qu’une sage-femme ou encore une femme emprisonnée pour meurtre dans des œuvres critiques vis-à-vis de la société philippine moderne, Nora Aunor expose les luttes sociales réelles auxquelles font face ses compatriotes. Emanuel Levy résume bien cet impact en louant sa capacité à montrer comment une mère devient victime d’une situation tragique : « Aunor investit son rôle avec [.] conviction ».
Un héritage durable
Nora Cabaltera Villamayor née le 21 mai 1953, laisse derrière elle non seulement cinq enfants mais également toute une nation endeuillée. Son mariage avec Christopher De Leon s’est terminé par le divorce mais ils ont eu ensemble trois enfants ayant également suivi leurs traces artistiques.
Elle continuait jusqu’à récemment à tourner au cinéma ainsi qu’à participer activement à différentes productions télévisées malgré ses problèmes médicaux récents. Martin Escudero évoque admirablement son influence sur ceux qui avaient eu l’honneur d’agir auprès d’elle : « Avec juste un regard , vous ressentez sa présence ».
Ainsi disparaît non seulement une étoile mais également un symbole fort ayant marqué plusieurs générations aux Philippines grâce à sa passion indiscutable pour l’art dramatique et musical.