Des centaines de milliers de personnes ont manifesté en France ce samedi 17 octobre. Selon Laurent Nuñez, le ministre de l’Intérieur, 550 000 personnes se sont rassemblées dans le pays, dont 110 000 à Paris, où la mobilisation a tourné aux débordements et où des commerces ont été pillés.
- Des centaines de milliers de personnes ont manifesté en France, avec des débordements à Paris.
- Les commerces parisiens ont été pillés, générant des dégâts importants et un préjudice majeur.
- Les violences et les attaques contre les forces de l'ordre risquent d'éclipser la mobilisation sociale.
- Le mouvement marque un tournant dans la contestation, avec une forte participation lycéenne et étudiante.

Sur la place de la République, Vittorio et Roberto, deux frères à la retraite, observent les grenades lacrymogènes. Roberto, un gilet jaune sur le dos, regrette de devoir de nouveau descendre dans la rue : « J’étais déjà dans la rue il y a huit ans, et aujourd’hui, je dois encore venir manifester. » Son frère poursuit : « Quand on était descendus dans la rue à l’époque, on manifestait parce que l’essence était à 1,40 euro le litre. Aujourd’hui, elle coûte un euro de plus et personne ne se bouge. » Tous deux concluent : « On est étouffés. Tout augmente, ça devient de plus en plus difficile de vivre. »
Le mouvement, baptisé « 17 octobre » et prévu depuis des semaines, a pris une autre ampleur après les manifestations lycéennes des dernières semaines. Les élèves de tout le pays ont rejoint l’appel, tout comme les étudiants, les professeurs et les médecins.
Charges et lacrymogènes place de la République
Dès 11 h 30, la place de la République se remplit de pancartes. « Je voulais devenir propriétaire, j’ai fait le plein de ma voiture, j’ai dû renoncer », peut-on lire sur l’une d’elles. Plus loin, une mère de famille s’adresse à la jeunesse : « Enfance et jeunesse de France, merci ! Construisez un meilleur avenir que celui que nous vous laissons. Pardonnez nos erreurs ! »
Les premiers projectiles visent rapidement les CRS, puis les charges et les tirs de gaz lacrymogène commencent. Pendant plusieurs heures, les scènes se répètent, et plusieurs centaines de manifestants quittent le rassemblement avant même le départ du cortège. Deux adolescentes, incommodées par les fumées, sont aidées par des « médics », ces soignants présents dans les manifestations. Une voiture garée près d’un kiosque est entièrement brûlée, et le magasin Intersport est pris pour cible par un groupe de casseurs.
Pillages dans plusieurs quartiers de Paris
Rue Beaurepaire, une dizaine d’individus, le visage dissimulé sous des cagoules, fracassent l’entrée du tabac « La Barrique ». À l’intérieur, géré par un couple, il ne reste plus rien. Un commerçant de la rue réagit : « Les pauvres, ils ont un crédit sur dix ans à rembourser, ils travaillent tous les jours de la semaine. C’est déplorable. » Il ajoute : « Je soutiens les manifestants. Les gens n’en peuvent plus, ils n’ont plus d’argent. »
Le Franprix voisin a lui aussi été pillé, comme des centaines d’autres commerces à Paris, selon les informations disponibles. Aucun chiffre officiel n’a encore été communiqué par les autorités. Sur le boulevard Magenta, la quasi-totalité des rideaux métalliques ont été éventrés, et les Galeries Lafayette ont été visées avant que les policiers ne reprennent le contrôle des entrées.
Emmanuel Grégoire, le maire de Paris, a déploré ces actes. « Ça prendra plusieurs jours, compte tenu de l’ampleur des dégâts. Je peux vous dire une chose : l’ensemble des services de la mairie seront mobilisés. » L’édile évoque un préjudice de plusieurs millions d’euros.
Rassemblements près des lieux de pouvoir
Le cortège officiel arrive vers 18 heures place de Clichy, dans le calme. Dans le 8e arrondissement, des milliers de personnes affluent à proximité de la place Beauvau, où se trouve le ministère de l’Intérieur, et de l’Élysée, protégé par un périmètre de sécurité important. Vers 19 heures, un groupe fait face aux CRS, qui lancent plusieurs grenades lacrymogènes. Rue de Ponthieu, des feux sont allumés sur la chaussée avant que la Brav-M ne disperse les manifestants.
Au total, 400 personnes ont été interpellées en France. « Ce sont principalement des majeurs », a annoncé Laurent Nuñez. Dans de nombreuses villes, les heurts et les pillages se poursuivent encore.
« Malheureusement, les violences vont prendre le dessus sur la mobilisation sociale », déplore une étudiante en droit. Avant d’ajouter : « Mais une chose est sûre : ce 17 octobre marquera un tournant. »