Un détail supplémentaire sur Adèle Blanc-Sec

Sous le campus de Sorbonne Université, un monde souterrain de mémoire médicale

Un détail supplémentaire sur Adèle Blanc-Sec

Au cœur du campus Pierre-et-Marie-Curie à Paris se cache une collection unique de 50 000 spécimens et artefacts relatifs à la médecine. Éloïse Quétel, conservatrice-restauratrice, veille sur ces vestiges humains qui racontent l’histoire des maladies, des blessures et des vies brisées.

Un trésor caché sous les pieds des passants

Les étudiants qui arpentent le campus ignorent qu’ils marchent au-dessus d’une nécropole invisible. Éloïse Quétel se trouve dans une réserve sécurisée où sont conservés les témoignages de deux siècles d’histoire médicale. « C’est Alcatraz ! », déclare-t-elle en montrant l’espace aseptisé où chaque pièce est soigneusement étiquetée. Des crânes blanchis aux bocaux contenant des organes prélevés il y a deux siècles, chaque objet possède un récit tragique lié à la condition humaine.

Une mission précieuse : préserver la mémoire

Âgée de 38 ans et spécialisée dans la conservation de restes humains, Éloïse Quétel est responsable depuis 2017 de cette collection singulière héritée du musée DupuytrenCe dernier a vu le jour en 1835, visant à rassembler les pathologies remarquables pour créer un manuel d’anatomie pathologique. La fermeture du musée en 1937 laisse une partie des collections sans accès public jusqu’à leur transfert sous la faculté des sciences de Jussieu en 2016. À son arrivée, elle doit redonner vie à environ 1 200 pièces osseuses laissées à l’abandon au sous-sol d’un hôpital.

Des histoires derrière chaque fragment

Éloïse évoque plusieurs spécimens marquants : Marco Cazotte, surnommé « Petit Pépin », exhibé dans les foires avant sa mort à 62 ans ; Dominique Séraphin dont les douleurs ont conduit au développement du théâtre d’ombres ; ou encore Louis-Victor Leborgne dont le cas a été étudié par Paul Broca concernant l’aire liée au langage.

Elle rappelle également que beaucoup croient que certaines maladies modernes comme le cancer n’existaient pas avant le XXe siècle. Or selon elle : « C’est faux ». L’enquête sur ces fragments met en lumière non seulement l’évolution historique mais aussi actuelle des maladies.

Un travail minutieux et respectueux

La tâche exigeante d’Éloïse consiste à restaurer et inventorier chaque élément avec soin tout en faisant face aux risques chimiques associés aux techniques historiques d’analyse biologique. Avec plus de 600 pièces restaurées jusqu’à présent, elle montre comment elle procède : nettoyage minutieux avec brosses douces puis collage nécessaire lorsque cela est possible. « Pourquoi écrire seulement “carcinome hépatique” quand on peut dire : “Jacques, mort d’un cancer du foie à 40 ans” ? » questionne-t-elle, soulignant son obsession pour respecter la dignité humaine associée aux spécimens.

En parallèle de son travail actuel, Éloïse s’investit comme commissaire scientifique pour l’exposition Momiesouverte le 19 novembre dernier.

D’un ancien savoir vers un nouvel espoir

Ces collections ne sont pas figées selon Éloïse ; elles servent aussi activement à la recherche contemporaine. En offrant un accès aux analyses récentes sur diverses pathologies telles que celle liée à la tuberculose issues des XIXème siècle épidémies permettent aujourd’hui distiller une vue sur leurs évolutions historiques.

Le travail précieux mené par Éloïse Quétel témoigne ainsi non seulement d’une approche scientifique rigoureuse mais également profondément humaniste vis-à-vis de ceux qui ont vécu avant nous.

Journaliste spécialisé dans l’actualité, je combine dix ans d’expérience en rédaction avec une curiosité constante pour la société et l’innovation. Marié et passionné de randonnée, j’aime partager une information claire, fiable et accessible à tous.