Un nouveau projet de loi vise à interdire l'utilisation des paroles de rap comme preuves devant les tribunaux aux États-Unis.

Le RAP Act : la défense de l’art en péril

L’organisation à but non lucratif Free Our Art s’associe à des élus et acteurs de l’industrie musicale pour défendre un projet de loi fédéral visant à protéger l’expression artistique dans le cadre judiciaire. Le RAP Act, réintroduit aujourd’hui à la Chambre des représentants, cherche à limiter l’utilisation des expressions créatives comme preuves contre les accusés dans les affaires criminelles.

Un nouveau projet de loi vise à interdire l’utilisation des paroles de rap comme preuves devant les tribunaux aux États-Unis

Une coalition solide pour le RAP Act

Le projet de loi est parrainé par le représentant géorgien Hank Johnson et la représentante californienne Sydney Kamlager-Dove, précédemment soutenu par l’ancien membre du Congrès new-yorkais Jamaal Bowman. Ce mouvement a également conduit à des avancées au niveau étatique, avec l’adoption de lois similaires en Californie et en Louisiane. D’autres projets sont actuellement discutés dans plusieurs États, dont le Missouri, la Géorgie, New York et le Maryland.

Parmi les soutiens à cette initiative, on retrouve des personnalités politiques comme le représentant du Missouri Phil Christofanelli, le représentant géorgien Kasey Carpenter, ainsi que d’autres élus engagés sur ces questions.

Un contexte légal préoccupant

L’initiative a été inspirée par la volonté de défendre les artistes contre une utilisation abusives de leurs paroles comme preuves judiciaires. Le directeur exécutif de Free Our Art, Philip Walotsky, mentionne que cette démarche est née suite aux accusations impliquant des paroles rap (comme celles du cas YSL) utilisées dans les salles d’audience. Il explique : « Nous savons que vous devez probablement ajouter un zéro ou deux à ce nombre pour avoir un sens réaliste pour le nombre de cas dont nous parlons ».

En Californie, la loi AB 2799 promulguée en septembre 2022 oblige désormais les juges à enquêter spécifiquement sur la pertinence d’utiliser des paroles comme preuves lors des procès pénaux. La Louisiane a suivi avec sa propre Restory Artistic Protection Act adoptée en août 2023 qui implique une audience préliminaire lorsque les paroles sont invoquées.

Des témoins marquants

Le cas du rappeur louisianais McKinley « Mac » Phipps, incarcéré pendant 20 ans après avoir été condamné pour homicide involontaire basé sur ses paroles musicales controversées, illustre parfaitement ce problème croissant : « Ils veulent utiliser le hip hop comme littéral quand c’est pratique. Nous savons que ce n’est pas littéral; c’est métaphorique », affirme Mac pendant qu’il appelle à davantage de régulations sur l’utilisation judiciaire de son art.

Les implications vont bien au-delà d’un seul artiste ; elles mettent en lumière un système qui semble cibler spécifiquement une forme d’art particulière. Comme expliqué par legal scholar et producteur émérite Erik Nielsen : « Il n’y a pratiquement aucun exemplaire d’une autre forme d’art utilisée de cette façon au cours des 75 dernières années ».

Vers une prise conscience collective ?

Leur détermination s’étend même au-delà des frontières artistiques vers un désir collectif plus large pour garantir que toute expression libre soit protégée sous notre législation constitutionnelle : « Le fait n’est pas là pour dire que chacun est innocent ou coupable. il s’agit simplement que le même ensemble de règles devrait s’appliquer à tout le monde », conclut Walotsky.

Ainsi se dessine un avenir où artistes et militants continuent à lutter ensemble contre ce qu’ils considèrent comme une injustice systémique touchant leur expression musicale.

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