La protection essentielle d'un intellectuel

Philippe Chevallier réhabilite Claude François et la variété française

Dans son ouvrage « L’Art de Claude François », le philosophe Philippe Chevallier s’attaque à deux préjugés sur la chanson française. Il défend notamment la légitimité de Claude François en tant qu’artiste majeur, souvent jugé comme ringard, tout en soulignant l’importance de la variété française comme un véritable artisanat.

Une vision parfois méprisée

Au cours d’un entretien, Philippe Chevallier confie avoir rencontré une certaine incrédulité, voire du mépris, lorsque son projet autour de Claude François a été présenté. Selon lui, les artistes qui écrivent leurs textes sont souvent considérés comme véritables auteurs. En revanche, « Cloclo » appartient à une catégorie différente : celle des artistes de scène dont le but premier est d’apporter du plaisir au public. « Claude François vient du jazz et de la scène – il a commencé comme batteur au Sporting Club de Monte-Carlo », souligne-t-il.

La protection essentielle d’un intellectuel

Les reprises comme signature

Accusé par certains critiques d’avoir fait trop de reprises, Chevallier défend cette pratique en évoquant son approche personnelle des morceaux. Ceux-ci ne sont pas des simples copies selon lui : « Ses adaptations ne sont pas des copies mais des corrections » qui mettent en avant sa capacité unique à détecter le potentiel caché dans certaines chansons.

L’originalité malgré l’entourage

Avisant plus sur ses collaborations avec des professionnels que sur ses propres compositions, Chevallier évoque des titres emblématiques tels que « Le Magicien ». Il note que même si Claude François avait recours à d’autres pour les paroles et musiques, il était celui qui orientait clairement ce processus créatif : « Si vous ne donnez pas une direction (.) ils n’iront nulle part ». Son goût pour l’exigence est mentionné à plusieurs reprises dans le livre.

Un art populaire exigeant

Cela dit, la perception du public diffère souvent du travail acharné derrière chaque tube. Cette dissonance entre simplicité perçue et complexité réelle est mise en lumière par le philosophe : « C’est l’élégance de cet art : cacher son labeur ». Ce décalage entre qualité musicale et critique rend très difficile toute analyse constructive.

« La variété, c’était très dur ; seuls les plus endurants tenaient. Le rock, c’était plus facile. »

L’héritage artistique de Claude François

D’une manière générale, Claude François se situe au cœur d’un éventail musical où coexistent plusieurs grands noms tels que Johnny Hallyday ou Michel Sardou. Au-delà d’une concurrence évidente entre ces artistes contemporains existe un respect mutuel nourri par leur parcours similaire : « La plus belle chanson de Johnny. est un clin d’œil au ‘Mal-Aimé’. ». Paradoxalement considéré comme prolifique avec ses 277 chansons , Chevallier conclut que ces œuvres reflètent toutes une exigence exceptionnelle quant à leur qualité et pertinence.

L’ouvrage pose ainsi un regard neuf sur notre héritage musical français et rappelle combien il peut être nécessaire de redécouvrir certains artistes sous un autre prisme.

« L’art de Claude François » , ouvrage réalisé par Philippe Chevallier aux éditions PUF – prix : 22 euros.

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