Robert W. McChesney, un critique des médias et universitaire influent, est décédé le 25 mars à l’âge de 72 ans des suites d’un glioblastome. Son œuvre a été marquée par une critique acerbe de la concentration médiatique et des géants technologiques, qu’il considérait comme une menace pour la démocratie. McChesney prônait une régulation plus stricte et une responsabilisation du gouvernement dans le paysage médiatique.
Robert W. McChesney, un critique acharné de la propriété médiatique
Robert W. McChesney est connu pour sa critique virulente du monde médiatique américain dominé par les entreprises. Il a soutenu que la propriété des entreprises nuisait à la qualité du journalisme, menant à une couverture biaisée qui restreint les points de vue américains.

Sa thèse principale, développée dans plus d’une douzaine de livres et articles, souligne qu’Internet devait servir de plateforme ouverte aux opinions diverses. Cependant, il soutenait que les gros propriétaires étouffaient cette promesse en favorisant leurs intérêts économiques.
Les ouvrages fondateurs sur l’état des médias
Dans son livre «Rich Media, Poor Democracy», publié en 1999, il mettait déjà en garde contre la consolidation du journalisme qui sapait les normes démocratiques essentielles. Son ouvrage le plus remarqué «Digital Disconnect: Comment le capitalisme tourne Internet contre la démocratie» (2013) contestait l’idée utopique selon laquelle la révolution numérique revitaliserait la démocratie, soulignant plutôt les dangers qu’elle représentait pour le modèle économique traditionnel des journaux.
Une vision radicale pour repenser la consommation médiatique
McChesney plaidait pour que chaque Américain reçoive un bon de 200 dollars afin de soutenir les médias à but non lucratif selon leur choix. Il espérait inciter davantage de consommateurs à financer une presse indépendante, éloignée des profits dérivés du capitalisme commercial.
«Le motif de profit est fondamental à toute évaluation», écrivait-il au sujet du développement d’Internet qui avait transformé cet espace publicitaire fondamentalement en faveur d’intérêts mercantiles.
L’engagement politique aux côtés de Bernie Sanders
En parallèle à ses travaux académiques, McChesney a été actif dans les campagnes politiques, notamment celles du sénateur Bernie Sanders. Ce dernier lui renvoyait l’ascenseur en écrivant un avant-propos au livre «Dollarocracy : Comment le money and media election complex destroy America» (2013). Dans plusieurs interviews, il critiqua aussi violemment le traitement médiatique reçu par Sanders lors des primaires présidentielles de 2016.
«On ne peut qu’imaginer comment Sanders aurait fait s’il avait eu une couverture similaire à celle d’Obama», observait-il avec clairvoyance sur le traitement inégal réservé aux différents candidats politiques.
L’héritage intellectuel : Outre ses publications marquantes
Son dernier ouvrage «People Get Ready : The Fight contre une économie sans emploi et une démocratie sans citoyenneté» (2016) reliait les défis futurs imposés par l’intelligence artificielle au besoin urgent d’une réponse politique responsable face aux inégalités croissantes engendrées par ce nouveau paradigme économique.
McChesney laisse derrière lui sa femme Inger Infroled ainsi que deux filles Amy et Lucy McChesney ainsi qu’un frère Samuel P. McChesney III.