Dans une initiative sans précédent, l’Église catholique a commandé une messe contemporaine au compositeur Samir Amarouch. Présentée les 7 et 8 novembre à Rome, cette œuvre rare s’inscrit dans le cadre du Jubilé 2025 et vise à réinterpréter des textes sacrés avec audace.
- Samir Amarouch a créé une messe contemporaine pour l'Église catholique à Rome.
- C'est la première fois depuis longtemps qu'une telle commande est passée à un compositeur vivant.
- Il veut réinterpréter les textes sacrés avec une écriture moderne et émouvante.
- L'initiative marque un tournant en intégrant la musique contemporaine dans le sacré.

Au cœur de Rome, dans la sacristie de l’église nationale française Saint-Louis-des-Français, la musique se prépare pour un moment historique. Samir Amarouch, âgé de 34 ans, est à la tête des dernières répétitions de sa « Missa iubilaea », une véritable messe commandée par l’Église catholique. Le père Renaud Escande, directeur des Pieux Établissements de la France à Rome, souligne que c’est « la première fois depuis des siècles qu’un compositeur reçoit une telle commande ». Cette démarche audacieuse vise à redonner vie aux textes sacrés du Kyrie, Gloria, Sanctus et Agnus Dei par le prisme d’une écriture contemporaine.
Amarouch est reconnu pour son style expérimentale et rigoureux. Ancien pensionnaire de la Villa Médicis, il a développé ses compétences musicales en explorant l’histoire italienne tout en côtoyant d’autres créateurs. « Il n’y a pas de musicien chez moi », raconte-t-il sur son parcours familial qui l’a influencé : d’une mère française professeure de droit et d’un père marocain aux influences variées – un chemin artistique forgé par sa découverte précoce du répertoire français.
Le compositeur ne cache pas son attachement aux questions théologiques : « L’Ancien Testament est l’un de mes livres de chevet ». C’est donc un clin d’œil significatif qu’il emprunte le titre « Shalom » pour son œuvre. Pour lui, le sacré se manifeste non seulement dans les écritures mais aussi dans des actes symboliques puissants.
Pour sa création musicale, Amarouch a choisi l’Ensemble Organum, dirigé par Marcel Pérès, qui fait revivre les chants grégoriens depuis plusieurs décennies tout en s’engageant ici avec la musique contemporaine pour la première fois. Avec un groupe constitué majoritairement d’Italiens et comprenant des musiciens comme le chanteur traditionnel corse Jérôme Casalonga, ce projet rassemble différentes sensibilités artistiques.
Alors que les dernière répétitions battent leur plein dans l’église romaine, Amarouch ajuste les détails musicaux afin que cette messe atypique ne cherche ni à séduire ni à rassurer. L’objectif est plutôt d’émouvoir : déplacer ceux qui viennent écouter ces nouvelles interprétations des textes sacrés sous un nouvel angle après des siècles passés dans le conservatisme musical.
Cette décision audacieuse marque ainsi un tournant significatif pour l’Église catholique qui reconfie enfin ses textes sacrés à des créateurs contemporains vivants – signal fort que ni la foi ni la musique ne peuvent rester figées dans le passé mais doivent évoluer avec leur temps.