Depuis deux semaines, je prends des somnifères et anxiolytiques, car l'anniversaire des dix ans est difficile

Dix ans après les attentats du 13 novembre 2015, Azul, monteuse de cinéma et plasticienne âgée de 47 ans, revient sur son parcours difficile marqué par le stress post-traumatique. Elle partage ses émotions, ses luttes quotidiennes et l’impact des événements tragiques sur sa vie personnelle et professionnelle.

Depuis deux semaines, je prends des somnifères et anxiolytiques, car l’anniversaire des dix ans est difficile

Un éprouvant souvenir

Le 13 novembre 2015, Azul, qui vivait dans le XIe arrondissement de Paris, a vécu en direct les attaques terroristes. Alors que des tireurs ouvrent le feu sur la terrasse du café-restaurant La Belle Équipe situé au pied de son immeuble, elle se retrouve à devoir fournir des draps pour couvrir les victimes.

« J’ai été suivie par une psychologue durant trois ans qui m’a dit avoir subi le stress post-traumatique immédiatement », explique-t-elle. Ce choc initial l’a plongée dans une période d’isolement où elle a ressenti une panique intense lorsqu’elle a enfin osé sortir chez elle.

Les répercussions sur la vie quotidienne

Les conséquences émotionnelles ont été dévastatrices pour Azul. « Comme je pleurais tout le temps et que je me jetais à terre au moindre bruit […] j’étais socialement inadaptée ». Incapable d’exercer son métier d’intermittente du spectacle, elle se tourne vers le revenu de solidarité active (RSA) en novembre 2016.

Sa quête d’aide l’a menée aux Sœurs de Saint-Paul pour recevoir un soutien alimentaire. Pourtant, la peur persistante des foules l’empêche d’accéder aux Restos du Cœur : « À cause de mon hypervigilance, je ne peux pas me retrouver avec des gens devant et derrière moi ».

Vers un nouveau départ

Pour échapper à cette situation insoutenable dans son appartement devenu toxique pour sa santé mentale, Azul finit par déménager dans un logement social. En juin 2017, l’assistante sociale lui répond cruellement : « On ne va pas vous donner un logement réservé à quelqu’un touché pour de vrai ! » Cette réponse marque un tournant décisif dans sa prise en charge.

Son compagnon lui propose alors de la soutenir à Marseille tout en continuant à dégoter temporairement des logements lors de séjours professionnels à Paris.

Un parcours semé d’embûches

La lutte administrative pour être reconnue comme victime est également éprouvante. Azul doit prouver son statut auprès des associations existantes sans disposer d’autre preuve que son adresse liée aux événements tragiques. Ce n’est qu’en rencontrant Life for Paris en 2017 qu’elle commence à reconstruire une partie de sa vie avec une thérapie innovante appelée Bathysmed.

Professionnellement impactée par ces circonstances traumatisantes, elle raconte comment un collègue marquée par les attentats précédents a pu lui apporter soutien et opportunités professionnelles : « Je suis tombée sur un monteur profondément marqué par les attentats… ». Malgré cela, ses aspirations artistiques ont été mises entre parenthèses.

Résilience face aux défis

Azul fait encore face à des crises d’angoisse mais développe progressivement des stratégies pour mieux les gérer grâce notamment à la méditation et à la respiration consciente. Elle ressent fréquemment les effets anniversaires liés aux évènements tragiques ; récemment encore lors des commémorations des dix ans : « Je reprends somnifères et anxiolytiques depuis deux semaines parce que c’est très compliqué ».

Sa passion artistique demeure présente malgré tout ; elle a réussi à créer plusieurs œuvres dont celle du logo pour Life for Paris dédié aux dix ans des événements terribles qui ont bouleversé notre société.

Ce témoignage poignant souligne non seulement les traumas individuels laissés par ceux-ci mais aussi la résilience humaine face au drame collectif qui s’est abattu ce jour-là sur Paris.

Journaliste spécialisé dans l’actualité, je combine dix ans d’expérience en rédaction avec une curiosité constante pour la société et l’innovation. Marié et passionné de randonnée, j’aime partager une information claire, fiable et accessible à tous.