La nouvelle série limitée « Les sirènes », actuellement disponible en streaming sur Netflix, propose un mélange unique de comédie et de drame familial, tout en confrontant ses personnages à des dilemmes moraux complexes. Malgré un concept prometteur, la réalisation semble parfois confuse et inaboutie.
Un début déroutant mais captivant
Créée par Molly Smith Metzler et inspirée de sa pièce « Elemeno Pea », cette première saison comporte cinq épisodes centrés sur Devon (interprétée par Meghann Fahy) qui arrive sur une île prisée des riches pour retrouver sa sœur cadette, Simone (Milly Alcock). L’intrigue démarre avec une scène choc où Devon lèche le cou d’un inconnu, Jose (Felix Solis), après avoir eu une confrontation avec la belle-mère glamour de Simone, Kiki (Julianne Moore). Cette action étrange ne sera qu’un bref aperçu d’une galerie d’incidents excentriques au fil des épisodes.

Devon est désespérément préoccupée par leur père âgé, Bruce (Bill Camp), tandis que Simone évolue dans le monde superficiel entourant Kiki. Le clivage entre les deux sœurs est mis en lumière lorsqu’une offre monétaire considérable de Kiki pousse Devon à quitter l’île.
Des choix narratifs fluctuants
Bien que la série joue habilement avec l’ambiance humoristique et dramatique, elle peine à maintenir un ton uniforme. Comme l’indique la réplique ludique de Jose qui appelle Devon « Licker de cou » dans un épisode ultérieur, ce moment d’introduction juxtaposé aux thèmes plus lourds fait tomber l’intrigue dans une certaine incohérence. Des éléments comme le culte supposé dont serait victime Simone sont rapidement abandonnés sans développement significatif.
Le récit penche souvent vers des caricatures des riches déchus plutôt qu’une exploration approfondie des luttes humaines authentiques que traversent ses personnages. Par exemple, les variations du personnage de Bruce oscillent entre amusement maladroit et figure cauchemardesque – témoignant ainsi du flou artistique qui maintient les spectateurs perplexes quant aux intentions narratives sous-jacentes.
Un casting donc inégalement exploité
Les performances du casting sont variées mais peu connectées; chaque acteur semble contraint à interpréter plusieurs facettes d’un même rôle sans cohérance. En dépit du potentiel évident de Julianne Moore dans son rôle complexe d’assistante humaine Kiki transformée en ferveur stylisée ou encore Fahy jouant contre type son personnage nerveux mais attachant, ces dynamiques perdent leur force dès que le spectacle navigue entre genres différents – mystère pulpeux, satire sociale ou drama familial.
La conclusion déroutante où Peter échappe à sa culpabilité envers Kiki pour embrasser Simone démontre également cette tendance grotesque réservée pour faire rire sans véritables conséquences professionnelles: celle-ci mène finalement à une transition brusque dont on ne peut ignorer le caractère absurde.
En dépit de ces défauts notables et critiques mitigées sur Netflix vis-à-vis du projet ambitieux proposé par Metzler, il conserve toute son irrégularité fascinante tant les propositions innovantes surgissent ici et là au gré des rebondissements inattendus – même si tous ne se mêlent pas harmonieusement.