Chute de la sonde Beresheet : des tardigrades sur la Lune ?
Le 11 avril 2019, la sonde israélienne Beresheet, après un voyage de six semaines, s’écrase sur la Lune vers 19 h 23. À bord, des milliers de tardigrades destinés à être testés dans l’espace. Alors que six ans plus tard les scientifiques se questionnent sur leur survie, Myriam Richaud et Simon Galas, chercheurs en biologie, évoquent leurs étonnantes capacités d’adaptation.
- Les tardigrades peuvent survivre à des conditions extrêmes et au vide spatial.
- Ils ont survécu à l'écrasement de la sonde Beresheet sur la Lune.
- Leurs capacités reposent notamment sur la cryptobiose et des gènes uniques.
- Ils pourraient inspirer des applications en santé et en protection contre les catastrophes.

Des survivants potentiels
Au terme d’un voyage mémorable vers la Lune à près de 400 000 kilomètres de la Terre, la sonde Beresheet est tombée peu avant d’atterrir. Ce crash a suscité des débats parmi les scientifiques sur le sort des tardigrades qui accompagnaient l’engin. « S’ils ont résisté au crash, ils sont toujours là-haut », déclare Myriam Richaud, biologiste à l’université de Montpellier. Si ces petites créatures ont survécu au choc, elles pourraient aujourd’hui se trouver en état déshydraté.
Un survivant millénaire
Les tardigrades existent depuis le Cambrien, il y a environ 540 millions d’années, et ont traversé cinq extinctions massives sans disparaître. Ces organismes minuscules (mesurant entre 0,2 et 1,2 mm) sont dotés d’une ADN unique : près de 40% de leurs gènes n’ont aucun équivalent connu chez d’autres espèces. « Ce sont des animaux qu’on peut tuer et ressusciter à son gré », affirmait déjà le naturaliste du XVIIIe siècle Lazzaro Spallanzani.
Une migration défiant les extrêmes
Qualifiés d’« extrêmophiles », les tardigrades font preuve d’une résistance hors du commun face aux conditions hostiles comme des températures variant entre -272 °C et +150 °C ou encore une pression équivalente à celle exercée par un immeuble de 60 000 étages. En 2007, lors de l’expérience spatiale Foton-M3 exposant ces créatures au vide spatial pendant dix jours, une majorité a réussi à survivre.
Les armes secrètes des tardigrades
Leurs superpouvoirs proviennent principalement du phénomène appelé cryptobiose, une forme où ils perdent jusqu’à 90% de leur eau corporelle tout en préservant leur intégrité génétique pendant plusieurs décennies si besoin est. Leurs gènes jouent également un rôle clé : certains composés tels que le tréhalose permettent même aux cellules d’être protégées lors de stockage sanguin long terme ou potentiellement pour les vaccins dans les pays avec peu d’infrastructures médicales fiables.
Vers une popularisation croissante
Longtemps considéré comme un sujet marginal en science malgré leurs incroyables capacités adaptatives et utilitaires possibles, dont certaines applications potentielles concernent même notre santé, ces petits êtres suscitent un intérêt grandissant notamment grâce aux mises en lumière médiatiques récentes.
« Avec le tardigrade, chaque fois qu’on a eu une intuition, on a eu une surprise » précise Simon Galas, soulignant ainsi que ce précieux organisme pourrait offrir encore bien plus qu’on ne pense actuellement. Au mois prochain (octobre), les recherches devraient continuer intensément afin de probablement aider nous-mêmes face aux épreuves planétaires tant redoutées liées par exemple au changement climatique ou autres catastrophes humaines menant à un futur incertain qui s’annonce désormais assez rapidement.