Tarifs douaniers : la lutte des petites entreprises face aux nouvelles mesures américaines
Jon Calma Vagara, dirigeant de JCV Custom Works à Singapour, se trouve en difficulté à cause de l’arrêt de l’exemption de minimis sur les importations américaines. Cette mesure entraîne une stagnation des expéditions et une hausse exponentielle des coûts d’expédition pour sa petite entreprise spécialisée dans la vente de pochoirs pour leurres de pêche.

À partir de fin août 2023, les États-Unis ont mis fin à l’exemption qui permettait d’importer sans droits de douane des marchandises de faible valeur. Cette décision a rapidement eu des répercussions directes sur les petits exportateurs comme Vagara, dont presque toutes les commandes sont destinées aux États-Unis.
« J’ai continué à appeler et ils m’ont dit que mes marchandises étaient déjà aux États-Unis. Trois semaines plus tard, ils m’ont tout rendu. J’étais très en colère », explique-t-il au sujet du retour inattendu de ses colis par le service postal national alors qu’il tentait d’utiliser un coursier privé pour livrer ses produits.
Vagara a ajusté son tarif d’expédition, passant ainsi de 15 $ à 25 $ par commande afin d’absorber ce coût accru. Cependant, le coût total incluant taxes et frais supplémentaires peut atteindre environ 36 $ par article pour lui. De plus, il doit maintenant gérer les complexités administratives liées à l’établissement des codes HTS pour chaque envoi ; autrefois périphérique dans son activité quotidienne, cette tâche revêt désormais une importance cruciale.
Les impacts ne s’arrêtent pas là : selon le gérant, ses bénéfices ont chuté entre 10% et 15%, le contraignant même à imposer un montant minimum de commande fixé à 50 $. En effet, il évalue que certains problèmes logistiques pourraient entraîner une baisse jusqu’à 50% de ses revenus par rapport aux périodes précédentes où l’exemption était encore en vigueur.
L’effet domino causé par ces tarifs est inquiétant : retenues douanières et inspections imprévues portent atteinte non seulement aux petites entreprises mais également au système commercial global. « Il y a un effet en aval où les droits de douane peuvent amener les douanes américaines à commencer à faire davantage d’inspections – [.] et une fois que cela se produit, les marchandises sont gelées dans les aéroports ou ports maritimes », souligne Shana Wray du cabinet FourKites.
Du côté contractuel aussi la situation est complexe : plusieurs entreprises réalisent que leurs contrats n’offrent guère protection contre ces hausses soudaines des droits commerciaux qui ne sont généralement pas considérées comme « force majeure ». Selon Kala Anandarajah avocate basée à Singapour,“la plupart des contrats ne vous donnent pas droit à des dommages-intérêts ou réclamations pour retard simplement parce que les tarifs ont changé.”
Bien que Vagara puisse constater certains aspects positifs dans ce contexte difficile, notamment un temps d’expédition réduit grâce au recours récent aux courriers privés, il reste préoccupé quant au futur économique : « J’espère juste qu’une fois le mandat Trump terminé, tout reviendra à la normale ».
La suppression récente sans précédent semble surtout affecter sévèrement ceux qui n’ont ni accès ni pouvoir négociés équivalents face aux grands groupes multinationaux écartés avec souplesse dans cet environnement instable.