Le débat sur la fin de vie revient en France, avec deux propositions de loi qui suscitent des inquiétudes chez les professionnels de santé. Alexis Burnod, médecin urgentiste et en soins palliatifs à l’Institut Curie, partage ses réserves concernant l’introduction de l’euthanasie dans le cursus médical.
Le retour sur le devant de la scène
Le médecin urgentiste et en soins palliatifs à l’Institut Curie à Paris, Alexis Burnod, s’exprime sur le sujet controversé de la fin de vie. Dix-huit mois après avoir exprimé des craintes face à « l’idée qu’un État organise la mort programmée », il constate que les discussions reprennent avec une nouvelle dynamique. Le Premier ministre a souhaité qu’il y ait deux lois distinctes : l’une portant sur l’euthanasie et le suicide assisté, et l’autre centrée sur les soins palliatifs.

Des investissements conséquents pour les soins palliatifs
La proposition dédiée aux soins palliatifs prévoit plusieurs mesures significatives dont une augmentation du nombre de formations pour soignants, ainsi que la création de maisons de vie pour patients dépendants. Une unité de soins palliatifs devrait être établie dans chacun des 21 départements actuellement dépourvus. Cette initiative nécessitera un investissement annuel estimé à 100 millions d’euros.
La première année est déjà budgétisée grâce à la loi de financement de la Sécurité sociale. Pour les années suivantes, Alexis Burnod reste prudent mais optimiste quant au financement pérenne. Néanmoins, il exprime son inquiétude vis-à-vis d’un amendement récemment voté en commission des Affaires sociales qui inclut l’apprentissage des actes d’euthanasie et du suicide assisté dans toutes les facultés françaises.
Un amendement controversé
Burnod souligne que cet amendement va à l’encontre des préceptes établis par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), qui prône un accompagnement sans entraîner ni retarder la mort. Selon lui, « cet amendement qui propose de former les soignants pour « précipiter la mort » n’a donc rien à faire dans une loi sur les soins palliatifs ».
Une définition floue et permissive
Concernant la deuxième proposition relative à « la fin de vie », Burnod critique aussi le vocabulaire utilisé : selon lui, elle ne parle pas vraiment « de fin de vie », mais uniquement d’euthanasie dans des conditions jugées trop laxistes. Il mentionne que « le texte offre la possibilité d’euthanasier les personnes ayant une maladie incurable grave sans définir ce terme précis ».
Les critères d’accès sont également qualifiés d’inquiétants car ils autorisent cette aide sous couvert d’une souffrance physique ou psychique sans évaluation nécessaire par une équipe spécialisée.
Il remet fortement en question le caractère précipité du processus : « La procédure est expéditive avec des délais hyper rapides », déclarant que cela contraste avec le temps souvent nécessaire pour soulager correctement un patient par voie palliative.
Une position défensive face aux transformations législatives
Alexis Burnod fait partie du Collectif démocratie éthique et solidarités composé notamment par médecins et intellectuels concernés. Avec conviction, il conclut qu’il veillera attentivement lors des débats prévus le 12 mai prochain, car selon lui ce débat touche aux fondements mêmes nécessaires dans toute démocratie menée par respect humain et dignité personnelle :
« Nous serons très attentifs pour que cette loi qui propose une mort programmée ne se transforme pas en encouragement au suicide ».