Les vendanges 2026 ont commencé plusieurs semaines plus tôt que d’habitude en Champagne et en Bourgogne, où les paniers se sont remplis alors que l’été n’était pas encore terminé. Cette précocité intervient après plusieurs vagues de chaleur, dont une a duré vingt-trois jours.

Trois vagues de chaleur se sont succédé cette année, la dernière ayant couru du 28 juillet au 19 août. Le printemps avait déjà été le plus chaud jamais mesuré. Sous cette lumière prolongée, la vigne a vu son cycle s’accélérer : le débourrement, la floraison et la véraison, moment où le raisin change de couleur, sont intervenus plus tôt. Dans les baies, le sucre, qui se transformera en alcool pendant la fermentation, augmente, tandis que l’acidité, qui donne au vin sa tension et sa fraîcheur, diminue.
L’eau a également joué un rôle. L’hiver 2026 figure parmi les plus arrosés depuis 1959, avec un mois de février record, et les sols abordaient le printemps avec une réserve précieuse. Mais le déficit de pluie a atteint 30 % puis 40 % pendant l’été. Jeunes plants et sols superficiels ont parfois souffert, tandis que les terroirs capables de retenir l’eau ont tenu. La réserve hivernale a permis à de nombreuses parcelles de ne pas rompre leur cycle.
Des vendanges précoces, des vins au caractère marqué
En Champagne, les dates officielles de cueillette se sont échelonnées du 8 au 22 août, selon les communes et les cépages. Dans le sud de la région, les premiers sécateurs sont entrés dans les vignes dès le 6 août, alors que la région vendangeait environ deux semaines plus tard il y a vingt ans. Les chaleurs ont aussi brûlé parfois les baies, ralenti la photosynthèse, réduit les rendements et fragilisé les jeunes plantations.
Certaines parcelles ont pourtant montré un caractère particulièrement net. « Jamais certaines parcelles champenoises ne m’avaient paru s’exprimer aussi distinctement que cette année », confie Vincent Chaperon, chef de cave de Dom Pérignon. Le chef de cave mesure la portée de cette récolte : « Nous pourrons dire dans cinquante ans que nous étions là pour faire 2026. C’est un millésime qui fera date et qui nous obligera, dorénavant, à agir différemment, à adapter nos méthodes de culture de la vigne face à ces hautes températures. »
En Bourgogne, les premières grappes destinées au crémant ont été coupées dès le 8 août, un nouveau record de précocité. Les pinots noirs et les chardonnays sont arrivés en cave avec des degrés potentiels élevés, ce qui pose une question sensible dans une région dont l’élégance repose sur la transparence plutôt que sur la puissance.
Repenser les pratiques de culture
Au château Angélus, dans le Bordelais, la présidente Stéphanie de Boüard-Rivoal décrit ainsi cette année : « C’est un millésime de défi, né dans beaucoup d’appréhension, de doutes et de souffrance. Autant d’épreuves qui donnent à ce résultat inespéré un air de miracle. » Elle estime que ces vins pourront traverser quatre ou cinq générations, « à la condition qu’ils soient convenablement conservés ».
En Bourgogne, Pierre-Vincent Girardin, qui dirige le domaine portant son nom, souligne que le millésime « repousse les limites des archives et des expériences passées ». Il estime que « l’observation de la nature est la clé d’équilibres justes pour nos chardonnays » et ajoute : « Avec le climat actuel, nous ne pouvons plus faire de grands vins sans changer nos pratiques. »