Chapô Une expédition scientifique internationale a cartographié 3 350 fûts de déchets radioactifs immergés dans l’Atlantique Nord-Est entre 1946 et 1993. Les résultats, présentés à Brest, indiquent une corrosion variable des fûts sans signe de fuite radioactive inquiétant pour le moment.
- Une expédition internationale a cartographié 3 350 fûts de déchets radioactifs dans l'Atlantique Nord-Est.
- La mission s'est déroulée entre 11 juin et 12 juillet à bord du navire L'Atalante.
- Les scientifiques ont utilisé un submersible autonome pour photographier les fûts et mesurer la radioprotection.
- Jusqu'en 1993, plus de 200 000 fûts de déchets radioactifs avaient été rejetés dans cette zone.

Exploration des déchets radioactifs en Atlantique Du 11 juin au 12 juillet, une équipe internationale a mené une mission dans les profondeurs maritimes à environ 4 000 mètres sous la surface de l’Atlantique Nord-Est. Cette opération, baptisée NODSSUM, s’est déroulée à bord du navire L’Atalante, faisant partie de la flotte océanographique française.
Les scientifiques ont utilisé le submersible autonome Ulyx, équipé d’un sonar à très haute résolution, pour cartographier un total de 3 350 fûts répartis sur une zone de 163 km2. La mission visait la principale zone d’immersion où ces déchets avaient été jetés par plusieurs pays européens entre 1946 et 1993, période pendant laquelle cette pratique était considérée comme une solution acceptable pour gérer les déchets nucléaires.
La région étudiée se situe à environ 1 000 km au sud-ouest de Brest et à 650 km au nord-ouest de La Corogne, en Espagne.
Durant leurs plongées, les chercheurs ont photographié près d’une cinquantaine de fûts présentant divers états de conservation : certains affichaient des surfaces corrodées et étaient colonisés par des anémones. De plus, ils ont découvert des émanations mystérieuses qui pourraient être dues au bitume sur quelques fûts.
Mesures radiologiques et prélèvements
Les premiers outils utilisés pour mesurer la radioprotection n’ont détecté aucune anomalie significative; les niveaux mesurés étaient comparables aux valeurs du bruit ambiant naturel. Toutefois, des analyses plus approfondies seront réalisées sur les prélèvements effectués durant l’expédition. Ces prélèvements comprennent notamment ceux réalisés sur les sédiments via carottiers et sur l’eau grâce à des rosettes. Un dispositif a également été mis en place pour piéger poissons et crustacés afin d’évaluer l’impact potentiel des déchets radioactifs sur la vie marine.
Cette mission regroupait des experts du Centre national français pour la recherche scientifique (CNRS) ainsi que ceux issus de plusieurs institutions internationales telles que l’Institut français de recherche pour le développement (IRD), l’Université de Bergen (Norvège), le Thunen Institute (Allemagne) et l’Université Mémorial de Terre-Neuve (Canada).
Jusqu’en 1993, plus de 200 000 fûts remplis de déchets radioactifs avaient été rejetés dans cette plaine abyssale par divers États européens.
En juin 1984, une autre campagne menée par le CEA et Ifremer avait déjà inspecté cette même zone; six conteneurs y furent photographiés et semblaient intacts mais montraient alors déjà des signes visibles d’usure due à la corrosion.
Cette récente exploration soulève encore davantage questions autour du sort futur reconnu jusqu’alors peu surveillé concernant ces dépôts enfouis au fond des mers.