Les studios Aardman, auteurs de « Chicken Run » et de « Wallace et Gromit », reviennent avec un troisième volet de leur saga à succès, « Shaun le mouton : la bête d’Halloween ». Dans leurs ateliers de Bristol, dans le sud-ouest de la Grande-Bretagne, le cinéma se fabrique image par image, en pâte à modeler.

Derrière une façade anonyme, dans une zone d’entrepôts d’un faubourg de Bristol, se trouve un ancien hangar frigorifique transformé en usine à rêves. Dès la réception, les trophées s’accumulent dans une vitrine devenue trop petite, dont quelques BAFTAs, les César anglais. Plusieurs centaines d’artistes et de techniciens mettent la dernière main au film, dans des décors d’ateliers qui tiennent autant de la couture que de la céramique.
Ce troisième épisode a déjà rapporté cent cinquante millions de dollars de recettes et attiré près d’un million de spectateurs en France. Il est issu d’une série télévisée elle aussi à succès, ainsi que d’un court-métrage consacré à Wallace et Gromit, autres héros de la maison.
Shaun, toujours aussi gentil, accumule les bravades et les gaffes aux côtés du chien Bitzer et du reste du troupeau. Le film est burlesque, inventif, poétique et truffé de références à « Star Wars », « Frankenstein » ou « Psychose ». « Ce nouvel opus est d’une envergure exceptionnelle », concède Steve Cox, qui réalise le film avec son partenaire de longue date Matthew Walker. « On a cherché à repousser les limites du genre. On a un énorme cargo, un imposant moulin, mais aussi un monstre très poilu. Autant de défis à relever. » Le duo travaille depuis des années, au sein des studios, sur la mise en scène ou l’écriture des différentes déclinaisons de Shaun.
Une minute de film pour une journée de travail
Dans le grand studio, de petites alcôves plongées dans le noir abritent un décor en carton-pâte, un seul animateur et une caméra. Geste par geste, image par image, il anime Shaun qui revient à la ferme. La figurine, faite de pâte et de latex sur un bras métallique articulé, est animée à la main : elle fait pivoter son bras, bouge sa jambe. La caméra, pilotée par ordinateur, répète ensuite le mouvement.
Ce travail d’orfèvre, recommencé à l’infini, permet de produire peu de images utiles. Il faut une journée pour une minute de film, et la trentaine d’animateurs présents aura produit en fin de journée une seconde de film utile. Après quatre ans de genèse et de production, le troisième Shaun le mouton en est aux dernières finitions. À l’étage, les ateliers de confection regorgent encore de personnages et d’ustensiles, des poupées test en silicone aux personnages finaux en pâte à modeler.
Des débuts en 1972 à la production avec StudioCanal
Peter Lord crée Aardman en 1972, inspiré par son premier personnage de court-métrage, un super-héros écolo animé en plasticine, une pâte à modeler qui ne sèche pas. L’arrivée du réalisateur Nick Park, qui lance les personnages de Wallace et Gromit, change ensuite la donne. Dans les années 1980, la patte Aardman fait le tour du monde grâce au clip de Peter Gabriel, « Sledgehammer », diffusé sur MTV.
En 2000, les studios DreamWorks prennent Aardman sous leur aile pour leur premier long-métrage. « Chicken Run » popularise alors la claymation, littéralement « animation en argile ». Sony est ensuite appelé pour la suite. À Bristol, la méthode n’a pas changé depuis, même si le numérique vient aider les artistes ici et là. Les créateurs ont revendu leurs parts aux employés afin de préserver l’indépendance du studio, désormais en partenariat avec StudioCanal, la filiale cinéma du groupe Canal+, pour la production et la distribution internationale de leurs films.
Un défi incroyable
Sur ce seul film, près de trois cents marionnettes ont été utilisées dans quarante-sept décors différents. Sur les mille deux cents plans du film, deux étaient finalisés chaque semaine, soit huit secondes d’images utiles. Ce travail commun d’une trentaine d’animateurs équivaut à presque dix ans de production.