Chapô
Depuis un an, des initiatives comme Art Pharmacy ont vu le jour pour combattre la solitude et améliorer la santé mentale des patients. En reliant soins médicaux et activités communautaires, elles offrent de nouvelles avenues de traitement à une époque marquée par une crise de santé mentale exacerbée par la pandémie.
Une nouvelle approche en matière de santé mentale
Traedana Odom, 35 ans, a transformé sa vie grâce à cette entreprise innovante. Après avoir souffert de dépression et d’isolement pendant des années, elle a été mise en contact avec Art Pharmacy, qui connecte organismes de soins et groupes communautaires pour encourager les patients à participer à des activités saines et artistiques. Elle raconte : « Avant de créer Art Pharmacy, je ne voulais vraiment me lier d’amitié avec personne. » Aujourd’hui, elle se sent plus ouverte aux autres et attribue ce changement à ces nouvelles expériences sociales.

Le concept appelé « prescription sociale » commence à gagner du terrain auprès des médecins. Cette pratique consiste à orienter les patients vers des activités communautaires adaptées pour répondre à leurs besoins spécifiques en matière de santé psychosociale. Chris Appleton, fondateur d’Art Pharmacy, précise que depuis sa création en 2022 en Géorgie, l’entreprise s’est étendue dans neuf États, proposant environ 35 000 activités accessibles sur six semaines.
Une réponse à une crise latente
Appleton souligne que ce mouvement est né d’une double crise : « La crise de santé mentale et celle de la solitude qui a peut-être été exacerbée par la pandémie ». L’ancien chirurgien général américain Vivek Murthy déclare quant à lui que « la solitude était une épidémie de santé » en 2023. Le besoin croissant en soins mentaux est évident : seulement 26% des besoins sont satisfaits aux États-Unis selon KFF (Kaiser Family Foundation), où il manquerait environ 6 200 praticiens.
Bien que le Royaume-Uni ait adopté ce type d’initiative depuis plusieurs décennies – un rapport établit qu’en 2023 près de 1,3 million de personnes y ont eu recours – les programmes demeurent limités aux zones urbaines américaines. Alan Siegel, médecin et directeur exécutif chez Social Prescribe USA indique : « Nous travaillerons avec les populations les plus à risque », tout en regrettant l’absence actuelle d’une intégration efficace au système sanitaire traditionnel.
Vers un avenir prometteur mais incertain
Néanmoins, ces projets restent insuffisants pour satisfaire tous les besoins actuels.
Dans cette mouvance croissante autour du corps médical se pose aussi la question cruciale du rôle croissant joué par l’intelligence artificielle (IA). Certaines voix plaident pour ces outils technologiques comme moyens alternatifs face au désespoir actuel ; cependant Kate Mulligan pointe leur incapacité à adresser véritablement le phénomène social sous-jacent lié à l’isolement humain : « Avoir des chatbots IA ne fait absolument rien contre le phénomène social ».
À terme, il se pourrait qu’une combinaison entre prescriptions sociales réelles et technologies puisse ouvrir encore davantage notre compréhension collective sur le lien humain nécessaire pour vaincre cet isolement rampant dans nos sociétés contemporaines.