Le film du réalisateur espagnol Albert Serra explore la vie intense et solitaire d’un torero moderne. À travers le portrait d’Andrés Roca Rey, il propose une expérience à la fois documentaire et artistique. Une œuvre marquée par une violence graphique saisissante qui interroge le rapport à la mort.
Albert Serra dépeint un torero contemporain en pleine réflexion
Dans son dernier film, Albert Serra suit Andrés Roca Rey, un matador péruvien devenu une figure incontournable de la corrida contemporaine. Le réalisateur livre une exploration méticuleuse de la vie intérieure de ce jeune torero, capturant non seulement ses préparations avant les combats mais aussi ses moments de solitude en dehors des arènes. Les scènes révèlent une violence graphique rare qui soulève des questions morales sur cet art traditionnel.
Une esthétique mêlant documentaire brut et installation artistique
Serra opte pour un style hybride, mélangeant documentaires réalistes et éléments d’art contemporain dans sa narration. Il aborde ainsi le sujet souvent traité des corridas sous un angle nouveau, entouré d’éléments qui évoquent l’œuvre du peintre Francis Bacon. Ce choix stylistique invite les spectateurs à réfléchir sur la nature même de cet affrontement entre l’homme et l’animal, tout en soulignant la fragilité inhérente au métier de torero.
La récurrence du mantra « Je suis chanceux » chez Andrés Roca Rey
Tout au long du film, Andrés Roca Rey répète « Je suis chanceux », exprimant ainsi son état d’esprit face aux défis qu’il rencontre dans l’arène. Cette phrase agit comme un mantra dont se servent également les membres de sa Cuadrilla pour renforcer sa confiance avant chaque combat. Pourtant, derrière cette affirmation se cache une réalité crue : le taureau est toujours voué à être sacrifié lors de ces événements sanguinaires.
Exploration homo-érotique à travers les préparatifs du matador
D’une manière audacieuse, Serra introduit également des dimensions plus intimes dans son récit avec des scènes chargées d’ambivalence sexuelle. Par exemple, lorsque Roca Rey enfile soigneusement ses bas, l’artiste convoque des thématiques tournant autour d’Éros et Thanatos — vivantes références aux explorations précédentes présentes dans ses œuvres antérieures comme « Liberté ». Cette mise en scène provoque un questionnement sur la notion même de virilité dans cet univers violent.
Un appel à la réflexion sur la corrida sans défense explicite
À travers cette œuvre complexe où se côtoient nostalgie et brutalité, Albert Serra ne cherche pas à défendre ou glorifier la corrida mais plutôt à susciter une réflexion profonde sur son existence dans notre société moderne. « C’est un film-monde qui montre surtout l’isolement du torero face à Mort », écrit-on aisément après avoir visionné ce chef-d’œuvre cinématographique unique.
