Le film « Swiped », diffusé sur Hulu le 19 septembre, peint le portrait du développement des applications de rencontres Tinder et Bumble. Avec Lily James incarnant Whitney Wolfe, l’œuvre aborde les problèmes de culture d’entreprise et la misogynie que rencontre la protagoniste tout au long de sa carrière.
Une entrée fracassante dans le monde des applications
En 2012, Whitney Wolfe (Lily James) tente de convaincre Sean Rad (Ben Schnetzer), fondateur de Cardify, d’adopter une application pour relier bénévoles et orphelinats. Bien qu’elle soit engagée en tant que directrice marketing, c’est Rad qui s’intéresse à l’idée d’une application permettant des rencontres amoureuses.

Whitney propose alors le nom Tinder, imaginant un plan pour séduire la génération des 20 ans. Cependant, elle est confrontée à un environnement toxique au travail ainsi qu’à une dizaine de problèmes associés à l’application.
Les dérives du succès
Les thématiques lourdes sont révélées alors que Whitney vend Tinder aux sororités universitaires. Ses efforts se heurtent aux réticences des femmes qui affirment avoir déjà une vie sociale bien remplie. Le film souligne comment cette plateforme peut faciliter les interactions tout en exacerbant le harcèlement, même quand l’expérience n’est pas souhaitée.
L’atmosphère devient encore plus complexe lorsque Justin Mateen (Jackson White), co-fondateur embauché par Sean après avoir eu une relation avec Whitney, adopte une attitude discriminatoire plutôt hostile envers elle. Des comportements misogynes comme l’usage du terme « bébé » lors de réunions précipitent une intense pression psychologique sur Whitney. Suite à leur séparation, il lui envoie des messages menaçants.
Une représentation bancale des enjeux sociétaux
Le film met également en avant Beth (Mary Neely), dont le rôle est d’effacer les contenus inappropriés sur Tinder mais sans véritable profondeur narrative. La tendance généraliste du récit touche également Whitney qui fait face à ces défis sans voir sa vie personnelle explorée autrement qu’à travers le prisme du harcèlement.
Le réalisateur semble systématiquement esquisser ses idées sans apporter la complexité ou la nuance requises face aux problématiques soulevées telles que la misogynie structurelle dans les entreprises technologiques.
L’émergence de Bumble
Le film présente ensuite la création de Bumble comme réponse positive aux abus rencontrés dans Tinder ; ses créatrices aspirent à offrir un environnement plus sûr pour les femmes lors des interactions sociales en ligne. Le concept fondateur – où seul un match féminin peut initier le contact – garantit un renversement par rapport à ce que propose son prédécesseur, même si cela reste circonscrit au schéma traditionnel rencontré antérieurement.
«Cette motivation architecturale pour développer Bumble», mentionne-t-il avec emphase, marque bien l’essence même de l’évolution souhaitée par Wolfe après sa sortie troublante chez Tinder.
Un regard critique nécessaire
Néanmoins, « Swiped » souffre pourtant d’un manque tragique : celui d’un traitement journalistique incisif capable d’explorer pourquoi cette évolution est indispensable alors que même aujourd’hui la mise en lumière autour du débat sur le harcèlement sexuel demeure insuffisante dans certaines sphères sociales et professionnelles liées aux technologies numériques.
Les audiences ainsi qu’une partie critique pourraient largement bénéficier d’un traitement plus approfondi vis-à-vis des événements historiques marquants touchant non seulement Wolfe mais aussi toute personne s’élevant contre ces injustices systémiques présentes autant dans Silicon Valley qu’ailleurs.