David Cronenberg présente son nouveau film « Les Cendres » (The Shrouds), un thriller explorant la mort et le chagrin. À travers l’histoire d’un veuf obsédé par la mémoire de sa femme décédée, le cinéaste canadien interroge les limites de l’acceptation du deuil.
Un thème central : la mort
Dans « Les Cendres », David Cronenberg aborde le sujet de la mort avec une perspective baroque et grotesque, fidèle à son style distinct. Le film se déploie autour du personnage de Karsh, interprété par Vincent Cassel, un homme dont l’existence est marquée par la perte tragique de sa conjointe, Becca (jouée par Diane Kruger).

Karsh est non seulement créateur de vidéos industrielles mais également propriétaire d’un restaurant adjacent à un cimetière impeccablement entretenu. Il utilise une technologie appelée « Shroudcam », qui permet d’observer le corps en décomposition des défunts grâce à une combinaison spéciale. Lors d’une scène saisissante, il dit à propos du décès de sa femme : « J’avais une envie viscérale intense de monter dans la boîte ».
Derrière la fiction : une réalité personnelle
Le film n’est pas qu’une simple œuvre fictive ; il résonne profondément avec les événements personnels vécus par Cronenberg. En 2017, Carolyn Cronenberg, épouse et collaboratrice du réalisateur pendant 43 ans, est décédée suite à un cancer. Bien que David ait nié que le personnage principal soit directement basé sur lui-même, il admet que ce film est une réponse au chagrin persistant qu’il ressent.
Lors d’une interview récente, il a déclaré : « L’art n’est pas une thérapie […] Cela reconnaît ». Cette approche rend « Les Cendres » manifestement personnel, souvent considéré comme le projet le plus intime depuis « La Mouche » en 1986.
Intrigue complexe autour des données
Une fois introduit ce concept central relatif au déclin physique et à l’obsession macabre pour la mémoire, l’histoire se complique avec des éléments tels que des actes criminels suspects autour du cimetière et les mystères liés aux données attachées aux technologies funéraires utilisées par Karsh. Ce dernier devient peu à peu impliqué dans une chasse aux coupables après que des vandales s’en soient pris aux lieux sacrés.
Ce mélange ingénieux entre thriller psychologique et réflexion sur le processus du chagrin donne naissance à une série d’interrogations morales portant notamment sur l’héritage numérique des défunts. Les personnages secondaires apportent eux aussi leur lot d’intrigues possibles; parmi eux figure Maury (Guy Pearce), ex-frère nerveux qui semble jouer un rôle ambigu dans cette histoire déjà lourde en émotions.
Réflexion sur le chagrin et identité
À travers ce récit captivant où se mêlent sexualité et mortalité – thème récurrent chez Cronenberg – on interroge également comment survivre face à cette absence écrasante devenue intrinsèque au parcours identitaire du protagoniste. Dans cette dimension presque philosophique, on pourrait s’interroger si vivre avec son chagrin ne serait pas devenu un élément fondamental pour celui qui tente désespérément d’avancer sans son âme sœur.
« Les choses deviennent bizarres », fait dire Cordelia (Diane Kruger), allusion cynique sur les expériences troublantes liées au souvenir pervers tangible qu’il conserve encore après tant d’années.
Pour beaucoup d’observateurs concernés ou admirateurs du style unique de David Cronenberg, aujourd’hui âgé désormais 80 ans, cet opus pourrait constituer une puissante exploration poétique empreinte des tourments spirituels ancrés dans notre société moderne face aux notions irréversibles telles que celle abstraite mais vitale qu’est la mémoire.