«Forbidden Games» : La guerre à travers les yeux d’un enfant
Le film «Forbidden Games» de René Clément, réalisé en 1952, offre une vision poignante et peu sentimentale de l’innocence d’enfance face aux horreurs de la guerre. Cette œuvre emblématique revient sur grand écran au Film Forum dans une nouvelle restauration 4K pour une semaine, du 1er au 15 mai.
Une allégorie sensible des traumatismes de la guerre
L’histoire se déroule durant l’exode paniqué des Parisiens en juin 1940, alors que la France est sur le point de capituler face à l’Allemagne. Paulette, interprétée par Brigitte Fossey, voit ses parents tués sous les bombardements nazis après s’être éloignée pour récupérer un chiot. Malgré le choc subi, elle demeure physiquement indemne et erre avec son chien mort dans des champs verdoyants.

Un jeune garçon, Michel (joué par Georges Poujouly), découvre Paulette et l’accueille chez sa famille qui fait face à ses propres préoccupations. Incapable d’accepter la perte de ses parents, Paulette trouve réconfort dans l’enterrement de petits animaux morts. Avec Michel comme complice, ils créent un cimetière secret où ils plantent des croix.
Le symbolisme complexe du film
La difficulté qu’a Paulette à comprendre sa perte met en lumière « l’échec de la métaphysique catholique française », souligne le critique du New York Times, Bosley Crowther. S’interrogeant sur son identité potentiellement juive ou libre penseur à cause de son incompréhension des rituels religieux qui lui sont présentés, elle renforce ainsi les thèmes d’incompréhension et d’enfance perdue dans un monde ravagé par la conduite humaine.
En parallèle s’immisce un autre « jeu interdit », celui entre la sœur aînée de Michel et un déserteur revenant tout juste au pays. Les conflits familiaux entourent aussi cette dynamique innocent-cruelle qui caractérise le village affecté par la guerre.
Réception initiale et pertinence actuelle
Bien que largement salué aujourd’hui, le film n’a pas été bien accueilli lors du Festival de Cannes parce qu’il était jugé trop sévère envers les Français selon certains critiques. Crowther note que ce malaise pourrait être lié au fait qu’une fillette représente ici « la vaste dévastation causée par la guerre ».
Aujourd’hui plus que jamais, alors que des milliers d’enfants souffrent encore directement des conflits à travers le monde comme l’a vécu Paulette durant son enfance tragique.
«Forbidden Games» reste donc une œuvre pertinente révélant non seulement les tumultes passés mais également ceux présentement vécus partout sur notre planète.