Donald Trump a de nouveau critiqué la France, depuis la pelouse de la Maison Blanche, en évoquant les manifestations émaillées de violences qui secouent l’Hexagone. Le sujet est devenu récurrent depuis le 17 octobre, et les émeutes nourrissent désormais la campagne des élections du 3 novembre aux États-Unis.

Répondant à la presse avant de monter dans l’hélicoptère Marine One, le président a déclaré : « La France est vraiment en difficulté. C’est ce qui arrive quand on laisse entrer dans son pays un nombre illimité de gens venant de pays très hostiles ». La chaîne Fox News, préférée du président, a largement relayé ces défilés, avec des commentaires qui n’étaient guère flatteurs pour Paris. Ces images sont aussi utilisées par des candidats. Légèrement distancé dans les sondages par la démocrate Janelle Stelson, le républicain Scott Perry, qui brigue sa réélection dans la 10e circonscription de Pennsylvanie, en a fait un spot télévisé. On y entend une voix off affirmer : « Les islamistes et les communistes mettent la France à feu, l’Amérique ne deviendra jamais socialiste », sur des images de la mairie de Limoges en flammes.
« Paris ressemble furieusement à Chicago »
Les avis restent partagés sur l’efficacité de cette stratégie. Le milliardaire Ken Griffin, fondateur du hedge fund Citadel, a déclaré lors d’une conférence Bloomberg que « Paris ressemble furieusement à Chicago ». Il a quitté cette ville démocrate pour s’installer à Miami, où la fiscalité est, selon ses mots, beaucoup plus douce. Pour lui, Chicago est « un paradis du socialisme, qui s’est transformé en cauchemar pour moi ».
D’autres observateurs estiment que le président met en avant la situation française faute d’autres thèmes. Le stratège républicain Rob Stutzman, cité par le journal The Hill, affirme que « le réflexe de Trump, c’est d’effrayer les gens ». Le taux de désapprobation du président, aux alentours de 30 %, selon le même article, rend cette ligne, selon lui, « probablement la seule chose à faire ». Un sondage de l’institut Rasmussen indique par ailleurs que 66 % des démocrates se disent « très enthousiastes » à l’idée de voter, contre 51 % des républicains.
« La France, c’est loin »
Le « French bashing », c’est-à-dire la critique de la France, est un grand classique aux États-Unis. Rob Stutzman rappelle que « les Américains se souviennent des troubles qui ont secoué les grandes villes du pays, après la mort de George Floyd pendant la pandémie ». Mais la majorité des experts interrogés reste sceptique. « La France, c’est loin », fait remarquer un stratège républicain, qui estime qu’il faudrait « un gros événement qui touche les intérêts américains, comme par exemple la mise à sac de notre ambassade à Paris ». Le consultant Doug Heye, ancien directeur de la communication du Comité national républicain, observe que « les électeurs ont la tête ailleurs », notamment le prix de l’essence et des produits alimentaires.
Pour John Zogby, expert en sondages qui travaille beaucoup avec les candidats démocrates, les émeutes françaises pourraient au contraire galvaniser l’électorat de gauche, en particulier les jeunes, qui votent peu aux élections de mi-mandat. Il estime que la participation sera plus élevée que d’habitude et que « la stratégie de la peur du président peut donc se retourner contre lui ».
En Ohio, le candidat républicain au poste de gouverneur, Vivek Ramaswamy, a suscité la polémique avec un spot mettant en scène la mère biologique de la démocrate Amy Acton, dont elle est séparée depuis 50 ans. Elle y traite sa fille de « menteuse sur son passé », en référence aux abus sexuels avérés subis par la candidate de la part de son beau-père. Le gouverneur sortant Mike DeWine a demandé le retrait de la publicité. Selon John Zogby, « les réactions négatives dans l’électorat sont très fortes ».
En Alaska, où le scrutin s’annonce serré, le département de la Justice a déposé une plainte fédérale pour empêcher la certification des résultats de l’élection sénatoriale si le républicain sortant Daniel S. Sullivan perdait de justesse face à la démocrate Mary Peltola. Le ministère invoque la présence sur le bulletin d’un autre candidat homonyme, Daniel J. Sullivan, susceptible de créer une confusion chez les électeurs. Donald Trump a déclaré : « C’est moi qui ai dit de le faire ». John Zogby juge que « tout ce qui peut intimider les électeurs peut au final mobiliser encore plus les démocrates le jour du vote, alors que les républicains, eux, risquent de rester chez eux ».