Le studio américain A24 a investi 17 millions de dollars, un record historique, pour acquérir les droits de distribution mondiaux de « Club Kid », le film de Jordan Firstman. Présenté au Festival de Cannes puis à Deauville, où il a reçu le Grand Prix et le prix du public, le film devrait aussi être présent aux prochains Oscars. Sa sortie est annoncée le 4 novembre.

Le long-métrage a fait rire et pleurer le public cannois, selon la production. Jordan Firstman, qui enchaîne la promotion du film partout dans le monde, confie avoir du mal à réaliser : « Je crois que je vais mettre du temps à m’en remettre. On pouvait s’attendre à tout sauf à ça. »
Le film est entièrement son œuvre. Il en est l’auteur, le réalisateur et l’interprète principal. Cette comédie douce-amère raconte l’histoire d’un trentenaire gay qui consume sa vie entre drogue et dance floor, jusqu’à apprendre qu’il est le père d’un jeune garçon. Un enfant qui bouleverse sa vie et ses certitudes. « C’est un conte sur une âme pure qui vient sauver une âme perdue, explique-t-il en souriant. Ou le mature n’est pas celui qu’on croit. »
Dans le ton, le film fait penser à « After Hours » de Scorsese, mais aussi aux comédies dramatiques hollywoodiennes des années 1980. On y fait la fête jusqu’au bout de la nuit, et l’on y rit comme l’on y pleure beaucoup.
Un cinéaste hors des codes hollywoodiens ?
À 35 ans, Jordan Firstman a toujours refusé d’entrer dans le moule hollywoodien. Il a joué son propre rôle dans ses courts-métrages queer, dans le film américano-mexicain « Rotting in the Sun », et il est apparu dans les séries « Miss Marvel » et « I Love LA ». La notoriété arrive pendant le confinement, en 2020, lorsque « Impressions », une série de courtes vidéos délirantes publiées sur Instagram, devient un phénomène mondial.
Il revendique son goût pour le cinéma indépendant américain et cite Sean Baker, Andrea Arnold, Olivier Assayas, avec qui il rêve de travailler, ou encore Agnès Varda parmi ses références. Le plan-séquence d’ouverture de « Club Kid » illustre cette exigence, rare dans un premier long-métrage. « J’ai réduit mon salaire pour pouvoir tourner sur pellicule et non en numérique, affirme-t-il. Tout en ne voulant pas rester dans une niche. J’ai voulu mon film comme une synthèse entre le pur cinéma d’auteur et les films plus populaires. »
Une voix pour « Jim Queen »
Cette année, le cinéma gay s’est imposé sur les écrans avec « La bola negra », « Du fioul dans les artères » ou « Les braves ». Pour Jordan Firstman, il s’agit d’une question d’époque : « Des Javis à Lukas Dhont, nous sommes la première génération de cinéastes qui assume totalement son univers et sa particularité. Nous ne revendiquons rien, mais notre nombre conforte notre influence sur le cinéma international actuel. »
Il prêtera d’ailleurs sa voix au héros du dessin animé queer français « Jim Queen », qu’il a découvert au dernier Festival de Cannes, pour la version américaine du film.