Kévin T., 39 ans, est mis en examen pour assassinat et tentative d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste, après une série de tirs commis vendredi 23 octobre à Trappes (Yvelines). Un jeune homme de 26 ans, Pengo Bossio Wangi, a été tué et sept autres personnes ont été blessées.

La course meurtrière commence avenue Hector-Berlioz, à Trappes, à bord d’une Renault Clio blanche. Le tireur vise une voiture où se trouvent une mère et sa fille, qui ne sont pas atteintes, puis fait feu sur la façade d’une maison de santé, rue Gérard-Philipe, sans faire de victimes. Square Louis-Pergaud, il tue Pengo Bossio Wangi, un espoir français du MMA (arts martiaux mixtes), connu pour son humanité et sa tolérance. Une infirmière qui passait par là lui pratique un massage cardiaque pendant trois minutes, en attendant les secours, mais le jeune homme meurt sur place.
Peu après 10 heures, le suspect se présente à la station Esso du boulevard Martin-Luther-King. Les images de vidéosurveillance, prises depuis l’intérieur de la boutique, montrent un homme qui réenclenche calmement son arme malgré les supplications de sa victime, touchée à la jambe. Deux personnes sont blessées dans la station, dont l’une très grièvement. Le tireur poursuit ensuite sa route jusqu’à La Verrière, où il blesse deux employés d’une entreprise de nettoyage, puis tire sur une fillette de 11 ans qui se promenait près de chez elle. La fillette, dont le pronostic vital a été engagé pendant quarante-huit heures, va mieux, mais ses lésions sont irréversibles.
Une arrestation à Coignières
La brigade anti-criminalité (Bac) de Saint-Quentin-en-Yvelines met fin à la course-poursuite à 10 h 20, dans la commune de Coignières, dans la contre-allée qui longe la nationale 10. Le pare-brise de la voiture est criblé de balles. Au cours de son parcours de 12 kilomètres, l’auteur présumé a parfois tiré depuis son habitacle, sans atteindre les passants visés, parmi lesquels une autre enfant de 12 ans. Cent vingt-huit douilles ont été retrouvées. Dans le véhicule, les policiers découvrent plusieurs chargeurs, une bombe lacrymogène, des menottes et un brassard de police.
Placé en garde à vue au parquet national antiterroriste, où il sera testé positif au cannabis et à la cocaïne, Kévin T. aurait expliqué, selon le journal Le Monde, avoir visé « des Noirs et des Arabes », et en avoir « marre d’eux ». Lors d’une conférence de presse lundi 26 octobre, le procureur antiterroriste Olivier Christen n’a ni confirmé ni infirmé ces propos, précisant que l’intéressé, qui ne conteste pas les faits, nie avoir eu des intentions racistes. Il aurait également voulu venger les commerçants pillés lors des manifestations du 17 octobre. Le parquet a retenu des circonstances aggravantes, estimant que les faits ont été commis en raison de l’appartenance vraie ou supposée à une prétendue race, ethnie, nation ou religion, au sens de l’article 132-76 du Code pénal.
Dimanche 25 octobre, sa garde à vue a été levée « à titre provisoire » pour raisons psychiatriques, et il a été reconnu schizophrène. Lundi 26, un second expert n’a pas confirmé ce diagnostic. La garde à vue a repris à 14 h 46 et devrait s’achever jeudi à 0 h 36.
Une voisine à Plaisir
Dans l’immeuble de Plaisir (Yvelines) où Kévin T. avait emménagé au printemps dernier, sa voisine Françoise, 80 ans, décrit un homme souriant lors de leur première rencontre. « La première fois que je l’ai rencontré, il m’a saluée, tout sourire. Il était content, m’a-t-il dit, d’avoir acheté cet appartement où il se sentait bien. » Elle ne lui connaissait pas d’amis et ne l’a croisé que trois ou quatre fois. Dimanche, elle a appris qu’un studio de l’immeuble avait pu servir à faire exploser le bâtiment, avec trois bonbonnes de gaz reliées à deux minuteurs.
Après l’arrestation, les habitants ont été transférés au centre sportif de Plaisir et n’ont pu rentrer chez eux qu’à 2 heures du matin. Les démineurs ont fait exploser un véhicule suspect et ont forcé les serrures des huit appartements du deuxième étage, qui ont été refixées dans la nuit. Le lendemain matin, des policiers de la sous-direction antiterroriste fouillaient encore les abords de l’immeuble, et des convocations ont été laissées sur les paliers : tous les habitants sont invités à témoigner.