Le meilleur documentaire de l'année : comment une soirée cocktail en 1972 lui a donné naissance

Un documentaire restauré donne à voir une réunion d’artistes de la Renaissance de Harlem, filmée en 1972 par William Greaves et restée longtemps inachevée. Intitulé Once Upon a Time In Harlem, le film est achevé par les enfants du cinéaste, David et Liani Greaves, plusieurs décennies après le tournage. Il réunit des figures qui ont marqué la vie culturelle afro-américaine du début du XXe siècle.

  • Un documentaire restauré montre une réunion d'artistes de Harlem en 1972, filmée par William Greaves.
  • Il rassemble des figures importantes de la culture afro-américaine et reflète leurs souvenirs, tensions et débats.
  • Le projet initial a été abandonné puis repris par la famille du réalisateur après plusieurs décennies.
  • Le film donne un aperçu vivant du mouvement de la Renaissance de Harlem avec des extraits musicaux, poèmes et témoignages.

Le meilleur documentaire de l’année : comment une soirée cocktail en 1972 lui a donné naissance

Dans l’appartement du nord de la ville que Duke Ellington avait prêté, les caméras de William Greaves captent une rencontre à laquelle assistent Eubie Blake, Richard Bruce Nugent, Gerri Major, Leigh Whipper, Regina Andrews, Romare Bearden, Aaron Douglas et James Van Der Zee. Poètes, pianistes, peintres, photographes ou journalistes, ces invités, dont certains ne s’étaient pas revus depuis des décennies, évoquent leurs souvenirs autour de cocktails. Le tournage ne se limite pas aux anecdotes : les anciens règlent aussi leurs comptes et réclament la reconnaissance de leur travail.

Arna Bontemps affirme que le mouvement a officiellement commencé avec la publication du poème « Heritage » de son confrère Countee Cullen, aujourd’hui disparu. Sa veuve, Ida Mae Cullen, s’étonne à plusieurs reprises que personne ne le traite comme la grande figure qu’il était. Les tensions montent, les avis divergent : certains situent l’apogée du mouvement en 1921, d’autres pensent qu’il ne s’est jamais achevé. Un invité refuse même le terme de renaissance et parle plutôt de « un éveil ».

Un film resté dans les tiroirs

William Greaves avait filmé cette soirée pour un travail beaucoup plus ambitieux sur la Renaissance de Harlem, prévu avec des extraits d’archives et des témoignages face caméra. Le projet n’a jamais abouti, et le cinéaste a mis le film de côté. Les images d’archives ont donné naissance au court-métrage From These Roots, sorti en 1974.

Pendant des décennies, William Greaves et sa femme, Louise Archambault Greaves, ont tenté de construire des projets autour de ces rushs, sans trouver la bonne formule. William Greaves est mort en 2014. Sa veuve a obtenu une subvention pour restaurer les bobines en 16 mm avant sa propre mort, en 2023. David Greaves, fils du réalisateur et l’un des cameramen présents en 1972, et sa sœur Liani Greaves ont alors repris le projet pour le mener à terme.

Un portrait vivant du mouvement

Le documentaire ne se contente pas de présenter une archive. Il restitue un mouvement culturel à travers des personnes aux opinions souvent opposées sur ce qu’il a accompli et sur le rôle de chacun. Les grands noms y ont leur moment de gloire, mais ils se contredisent aussi, discutent des détails et remettent en cause les souvenirs des autres.

Le film intègre des extraits musicaux, des poèmes, des photographies, notamment les tirages de James Van Der Zee sur la période, ainsi que des reportages de l’époque. Le montage, confié à Lynn True et Anne De Mare, reprend le rythme d’une véritable soirée, tout en offrant une histoire orale qui sert aussi de témoignage sur un quartier au début des années 1970. Le spectateur a l’impression d’être dans la pièce où les acteurs de l’Amérique noire du début du XXe siècle discutent de la manière dont ils ont changé les États-Unis.

Journaliste spécialisé dans l’actualité, je combine dix ans d’expérience en rédaction avec une curiosité constante pour la société et l’innovation. Marié et passionné de randonnée, j’aime partager une information claire, fiable et accessible à tous.