La musique paisible d'Hania Rani : ne la qualifiez pas de "relaxante"

La musicienne polonaise Hania Rani

La musicienne polonaise Hania Rani, devenue une figure majeure de la musique néoclassique, continue de conquérir le monde avec des compositions émouvantes. Son dernier projet, un concerto inspiré d’une jeune juive ayant échappé aux horreurs de la Seconde Guerre mondiale, marque un tournant dans sa carrière et souligne l’importance politique de sa musique.

La musique paisible d’Hania Rani : ne la qualifiez pas de « relaxante »

Un parcours musical marquant

Sa mère a choisi le piano pour elle « parce qu’elle a joué au violon et a détesté ça ».

Rani a publié son premier album solo, Esja, en 2019. Bien que modeste à ses débuts, cet album tranquille est devenu populaire pendant la pandémie lorsqu’une recherche accrue de musique apaisante sur les plateformes de streaming lui a permis d’atteindre un large public. En effet, un critique musical affirmait sur BBC Radio : « La musique de Rani fait disparaître vos problèmes ».

Reconnaissance internationale

Aujourd’hui âgée de 34 ans, Hania Rani est connue dans le monde entier pour ses spectacles captivants et ses albums acclamés par la critique comme Home (2020) et Ghosts (2023). Elle a remporté sept prix Fryderyk, équivalent polonais des Grammys. Ses performances attirent également des millions d’amateurs : celle donnée en 2022 à Paris compte près de neuf millions de vues sur YouTube.

Ses concerts sont loin d’être tranquilles : lors d’un spectacle à la Philharmonie de Berlin ce mois-ci, elle combinait plusieurs instruments avec une intensité palpable. Selon Bergur Thorisson, collaborateur fréquent à ses côtés : « Les compositions de Rani sont vraiment difficiles à jouer ».

Réflexions sur la puissance musicale

Dans une récente interview à Varsovie entre deux arrêts lors de sa tournée mondiale, Rani insiste sur le pouvoir philosophique et spirituel que revêt sa musique : « À un niveau philosophique… cela permet aux gens se rencontrer dans cette musique ». Elle souhaite que tous les spectateurs soient touchés par son art sans distinction politique.

Rani évoque l’importance du partage collectif que permet la musique instrumentale : « Je ne sais pas s’il y aura des électeurs de Trump parmi mon public… mais ils sont tous mes auditeurs et émus par la même énergie ».

Projets artistiques ambitieux

En parallèle à ses œuvres personnelles, Hania Rani compose aussi pour le cinéma. Le réalisateur norvégien Joachim Trier l’a choisie pour travailler sur son prochain film Sentimental Value, précisant qu’elle comprend comment faire avancer une œuvre cinématographique sans encombrer celle-ci par sa bande-son.

Elle projette désormais des travaux plus engagés politiquement. Son prochain grand projet sera un concerto basé en partie sur l’histoire tragique d’une jeune fille juive – Josima Feldschuh – qui avait réussi à échapper au ghetto durant l’occupation nazie avant de mourir excessivement tôt.

Le concerto intitulé Non Fiction, enregistré avec un ensemble orchestral aux studios Abbey Road à Londres, explore des thématiques contemporaines sensibles telles que les conflits actuels autour du globe : « Cela traduit les sons du conflit… entendre cela rend tout beaucoup plus viscéral », résume-t-elle.

À travers ces créations musicales marquées par une profonde réflexion sociale, Hania Rani souhaite rassembler différentes communautés autour d’un même front émotionnel malgré leurs divergences politiques ou croyances personnelles: « C’est important » conclut-elle.