La voix de Hind Rajab : un docu-fiction perturbant sur la guerre

Kaouther Ben Hania, cinéaste tunisienne, a relevé le défi de raconter la guerre à sa manière avec son dernier film, « La voix de Hind Rajab ». S’inspirant d’enregistrements réels d’appels de détresse d’une fille piégée sous le feu israélien, ce docu-fiction vise à explorer les limites entre réalité et fiction.
Une réalisation audacieuse
Dans « La voix de Hind Rajab », Kaouther Ben Hania utilise des enregistrements audio authentiques d’appels émis par une petite fille bloquée dans une voiture. Ces appels ont été reçus par l’organisation humanitaire Croissant-Rouge palestinien. Le film, qui se présente comme un mélange entre documentaire et fiction, est construit autour de la voix véritable de cette enfant.
Ben Hania s’est fait connaître pour ses précédents travaux, notamment son long-métrage « Le challat de Tunis », qu’elle désigne comme un « docu-menteur », et plus récemment « Les filles d’Olfa », nommé aux Oscars 2024. Dans une interview passée, elle déclarait : « Vous aurez du mal à me coller une étiquette sur le front ou à classer mon film dans telle ou telle case [.] Je n’essaie pas juste de combattre mais plutôt comprendre et explorer les questions familiales et politiques ».
Son projet initial était orienté vers une pure fiction avant qu’elle ne découvre la voix poignante de Hind Rajab sur les réseaux sociaux. Son producteur fidèle, Nadim Cheikhrouha, se souvient qu’elle l’a contacté pour lui annoncer : “Écoute, t’énerve pas, mais je crois que je ne vais pas faire ce film tout de suite. J’ai une autre idée avant.”
Kaouther Ben Hania a rapidement finalisé un scénario basé sur l’intégralité des appels enregistrés. Le tournage a eu lieu en Tunisie dans l’urgence avec seulement trois semaines allouées et sans financement entièrement sécurisé au départ. Sur le plateau, lors des premières prises où les acteurs palestiniens ont entendu la voix pour la première fois, “tout le monde était en larmes”, raconte Cheikhrouha.
Un soutien prestigieux
Après sa réalisation, le film a suscité un vif intérêt à Hollywood où il a été présenté à des figures influentes telles que Brad Pitt, Joaquim Phoenix, et Rooney Mara ainsi que des réalisateurs reconnus comme Jonathan Glazer et Alfonso Cuaron qui sont devenus coproducteurs exécutifs du projet. Leur implication contribue non seulement au soutien financier mais également offre au film une reconnaissance médiatique accrue.
Présenté au festival du cinéma international lors de la Mostra de Venise en septembre dernier, il a remporté le Grand Prix du jury après des discussions tendues parmi les jurés. Les critiques demeurent partagées face à cette œuvre qui navigue entre réalité troublante et fiction dérangeante.
Le producteur Nadim Cheikhrouha revient sur ces tensions : “Déjà ‘Les filles d’Olfa’ avait suscité la controverse [.] Si je ne fais pas ce genre de films engagés alors cela n’a aucun sens”. Bien que clivant auprès des professionnels du secteur cinématographique français aux États-Unis, L’adhésion du public semble quant à elle radicalepuisque le film remporte plusieurs prix du public lors des festivals récents.
Vers les Oscars
« La voix de Hind Rajab » représente désormais la Tunisie pour les prochains Oscars 2026 tandis que Kaouther Ben Hania et Nadim Cheikhrouha sont retournés à Los Angeles pour promouvoir leur candidature potentielle après avoir rencontré un accueil chaleureux en occasionnant diverses distinctions pendant cette saison estivale culturelle.
Le film sortira bientôt dans plusieurs pays mais n’a pas encore été acquis pour sa diffusion en Israël. Ce silence pose question concernant l’accueil que pourrait recevoir cette œuvre impulsive face aux événements qui inspirent son récit poignant.