Journaliste spécialisée dans le voyage, Erin Levi a quitté le Connecticut pour s’installer seule à Montréal, sur un coup de tête et sans plan. À 42 ans, ce déménagement lui a donné une crise de panique, alors qu’elle connaissait à peine quelqu’un dans la ville.

Ses proches l’ont qualifiée de courageuse, une appellation qui la surprend. Elle a suivi un spécialiste du léopard des neiges à travers le Népal, vécu au Ouzbékistan dans une famille qui ne parlait pas anglais et rencontré en privé le roi du Bhoutan. Montréal n’est par ailleurs qu’à six heures de route de sa ville natale. « Ça ne me semblait pas courageux, franchement, c’était plutôt sûr », confie-t-elle.
Pourquoi Montréal ?
Le déclic est venu d’une publication Facebook, un soir de pleine lune, en mai. Son bail à Ridgefield, dans le Connecticut, arrivait à échéance, tout comme sa relation. Son propriétaire voulait ajouter 500 dollars par mois au loyer de l’appartement qu’elle partageait avec son ex-compagnon, un grand une pièce de 1 100 pieds carrés dans les bois. Avec cette hausse, le loyer atteignait 3 250 dollars par mois, hors charges, qui dépassaient souvent 700 dollars en hiver à cause des hauts plafonds.
Elle y voyait autant de signes qu’il fallait partir. Elle s’apprêtait pourtant à verser 5 985 dollars d’avance pour un duplex de 900 pieds carrés, loué 1 995 dollars par mois, et à acheter une voiture. C’est alors qu’une amie canadienne lui a proposé son studio près de Little Italy, à Montréal : 638 pieds carrés, disponibles pendant six mois, pour 1 100 dollars canadiens, soit environ 775 dollars, charges, WiFi, meubles et terrasse compris.
Erin Levi avait par ailleurs toujours voulu vivre à Montréal, depuis son premier emploi au bureau new-yorkais de Tourisme Québec, qui a lancé sa carrière de journaliste voyage. Parlant français, elle a dit « oui ». Elle a ensuite appris que les Américains peuvent séjourner jusqu’à six mois au Canada par visite, et que les personnes restant plus de 183 jours dans le pays au cours d’une année civile pourraient devoir payer des impôts. Les travailleurs des médias étrangers n’ont pas besoin de permis de travail. Elle a consulté un avocat spécialisé en immigration.
Une nouvelle vie au Canada
Depuis son arrivée, elle a appris l’aviron. Elle suit des cours hebdomadaires au Bassin olympique, où les cours pour débutants coûtent 200 dollars canadiens chacun. Glisser seule sur l’eau pendant des centaines de mètres dans un skiff est devenu, selon elle, l’un des meilleurs remèdes à son anxiété. Elle regrette en revanche de ne pas avoir rejoint l’équipe de bateau-dragon pour rencontrer du monde.
Son quartier, La Petite-Patrie, abrite certains des meilleurs restaurants de la ville, parmi lesquels Vin Mon Lapin, Pasta Pooks et Limbo. Le marché Jean-Talon, le plus grand marché en plein air au nord du Mexique, est devenu son épicerie de quartier. Elle y évoque aussi des moments marquants : célébrer des fêtes juives à la synagogue de Leonard Cohen, assister à son premier Grand Prix de F1, skier en fond dans le parc du Mont-Royal ou aller seule voir un match de hockey.
Elle reconnaît cependant avoir connu la solitude et la nostalgie, et qu’il n’est pas facile de changer de ville quand on travaille à son compte. Vivre à plus de dix minutes de ses parents et de leur cuisine lui manque aussi. Elle s’est pourtant fait de nouveaux amis, a accueilli d’anciens amis et, dit-elle, a ouvert son cœur. « Courageuse, hein ? Peut-être bien que je le suis », conclut-elle.