Huit épisodes, une version repensée et une question centrale : faut-il vraiment refaire Carrie ? Mike Flanagan y répond dans un entretien consacré à sa nouvelle adaptation du roman de Stephen King, disponible depuis le 7 octobre sur la plateforme de streaming d’Amazon.

Le réalisateur de Doctor Sleep confie avoir d’abord refusé la proposition. « Pourquoi refaire Carrie? »
Son point de vue a changé en pensant à son fils aîné, alors sur le point d’entrer au lycée. Flanagan évoque les exercices d’intrusion d’un tireur actif, le cyberharcèlement et les réseaux sociaux, des réalités que Stephen King et Brian De Palma ne pouvaient pas imaginer. La question est alors devenue : peut-on faire une version très différente qui amplifie les thèmes du livre ?
Cette version s’éloigne sensiblement de l’original. Summer H. Howell incarne une Carrie ouverte, curieuse et pleine de gentillesse, et Samantha Sloyan joue une mère « très mal orientée », qui aime sa fille avec une telle intensité que cet amour menace de l’étouffer. Les humiliations subissent aussi une mise à jour, avec de faux comptes Instagram et des mèmes salaces.
Une histoire qui ne se termine pas au même endroit
Pour le cinéaste, le changement majeur tient surtout à la fin. « Pour moi, ce n’est même pas forcément une histoire d’horreur. C’est une tragédie », explique-t-il. Le récit ne distingue pas les élèves cruels de ceux qui ont été gentils avec Carrie, et il place la jeune fille face à l’horreur de ce qu’elle a provoqué.
Flanagan dit avoir voulu éviter une lecture vengeresse. « L’histoire de Steve se dirige vers une tombe. La nôtre se dirige vers une route ouverte menant à un monde plus vaste », résume-t-il. Le réalisateur a aussi pu s’appuyer sur King lui-même, qui s’est dit enthousiaste à l’idée de ces changements radicaux. Les deux hommes ont échangé leurs points de vue dans un entretien croisé publié par le New York Times.
Pour la scène du bal, Flanagan a dû s’écarter du style de De Palma. Il a renoncé aux écrans partagés et aux plans à dioptre divisé, et a choisi de raconter la scène depuis plusieurs points de vue. « Il a fallu des semaines pour dessiner le plan de travail », raconte-t-il. Le découpage est finalement devenu plus long que le scénario, et le réalisateur considère cette scène comme l’une des plus difficiles de sa carrière.
Un rapport personnel à l’horreur
Le cinéaste se présente d’abord comme un spectateur craintif. Enfant, il regardait les films effrayants à travers ses doigts et il a longtemps éprouvé de la honte face à cette peur. Il s’est tourné vers la littérature d’horreur pour la surmonter, avant de découvrir que le genre le rendait « plus courageux par petites touches ».
Flanagan affirme aussi que l’horreur rend empathique. « La peur est la première émotion que nous ressentons tous », dit-il, avant d’ajouter qu’il a « donné sa vie » à ce genre. Il s’apprête désormais à relever un autre défi avec The Exorcist : Martyrs, qui sortira au printemps prochain. Il décrit une anxiété mêlée d’excitation, et reconnaît : « Je ne sais pas ce qui cloche chez moi. J’ai fait un film que j’aime. »