Sandra Hüller tient le rôle principal de Fatherland, le nouveau film du cinéaste polonais Pawel Palikowski, lauréat d’un Oscar pour Ida et Cold War. Le long-métrage sort en salles en version limitée ce week-end, et sera disponible sur la plateforme de son distributeur, Mubi. L’actrice allemande y incarne une figure méconnue de l’histoire, Erika Mann.

Dans le film, Erika est la chauffeuse et l’aidante de son père, Thomas Mann, romancier allemand de renom qui revient dans son pays natal, coupé en deux. Dans la réalité, Erika Mann était journaliste de guerre, pilote automobile et comédienne, comme Sandra Hüller. Elle n’a pas réellement accompagné son père lors de son retour en Allemagne, en 1949, mais la licence poétique se justifie, selon l’article, par le titre du film.
Son rôle consiste surtout à soutenir son père. Elle traduit ses réponses lors d’une conférence de presse, organise leur logement, gère les menaces de mort et répond aux appels désespérés de son frère Klaus. Le matin, elle le rase ; l’après-midi, elle le conduit dans une énorme Buick ; le soir, elle veille à ce qu’il assiste à la réception organisée en son honneur, où il reçoit deux distinctions, l’une en Allemagne de l’Ouest capitaliste, l’autre en Allemagne de l’Est communiste. Face à elle, le comédien allemand Hanns Zischler donne la réplique. « Vous et votre père formez un bon duo », lui glisse-t-on. Erika répond par un sourire poli et tendu.
Plus tard, elle croise son ex-mari, comédien de théâtre autrefois apprécié d’Hermann Göring, qui a contribué à relayer la propagande nazie à la veille de la guerre. Revenu en Allemagne après un passage dans un goulag russe, il entend reprendre sa place d’artiste « patriote ». Lorsqu’il critique le mode de vie cosmopolite de son ex-femme et les relations qu’elle a nouées grâce à son père, la caméra s’attarde sur le visage d’Erika, qui se fige lentement. Elle le gifle violemment. Dans une chambre d’hôtel sombre, elle finit par crier, face à la fenêtre : « Taisez-vous, ordures fascistes ! »
Présenté au Festival de Cannes, où Pawel Palikowski a reçu le prix de la mise en scène pour ce drame austère en noir et blanc, Fatherland a déjà été salué dans les festivals. Selon l’article, le film est une réussite pour toutes les personnes impliquées.
Une année chargée au cinéma
Pour Sandra Hüller, ce film n’est qu’un moment fort parmi d’autres. Selon l’auteur de l’article, seule Anne Hathaway, qui a vu cinq films sortir en neuf mois, pourrait rivaliser avec elle pour le titre de meilleure actrice de l’année 2026. Quatre œuvres remarquées, parfois controversées, ont marqué 2026 et l’ont fait passer d’une chronique du XVIIe siècle à la science-fiction.
En 2016, dans Toni Erdmann de Maren Ade, elle chantait déjà une version très personnelle de « The Greatest Love of All », de Whitney Houston, lors d’une fête. Dans Project Hail Mary, elle incarne Eva, à la tête d’une organisation internationale qui tente de sauver la planète, face à Ryan Gosling. Ce rôle de partenaire, plus sobre, lui permet de voler la vedette à chaque scène. Gosling avait entendu sa partenaire chanter entre deux prises, ce qui a donné naissance à la scène de karaoké. Elle avait d’abord parcouru des listes de « chansons d’adieu » avant de tomber sur un titre d’Harry Styles.
Elle apparaît aussi dans Digger, satire réalisée par Alejandro González Iñárritu avec Tom Cruise, où elle joue Emma, la sœur de Digger Rockwell. Elle entre en scène vers la vingtième minute et, selon l’article, offre en quelques minutes un portrait plus incisif que le reste du film. Enfin, The Hollywood Reporter a confirmé qu’elle fera son entrée dans l’univers Marvel avec un caméo dans Avengers: Doomsday, après des rumeurs sur un personnage non identifié.
« Rose », un rôle marquant
Avant cela, on la verra dans Rose, de Markus Schleinzer, qui raconte l’histoire d’un soldat du XVIIe siècle devenu fermier après la guerre de Trente Ans. Il épouse la fille grandie d’un propriétaire terrien et devient père. Le secret de ce personnage, une femme nommée Rose qui se fait passer pour un homme depuis des décennies, n’est connu que de son épouse. Pour l’auteur, le verbe « jouer » ne suffit pas : Sandra Hüller « habite » le personnage, méconnaissable sous un maquillage qui lui dessine une grande cicatrice. Ce rôle lui a valu, en février, le prix de la meilleure interprétation au Festival de Berlin.