Michel Drucker, 84 ans, figure incontournable du petit écran, publie « Je vous ai tant aimés », un livre de souvenirs consacré à soixante célébrités qu’il a côtoyées bien au-delà de leurs heures de gloire. Des portraits truffés d’anecdotes, de Brigitte Bardot à Zidane en passant par Johnny, Dalida et les présidents, qui dessinent en creux le portrait de leur auteur. Pour Paris Match, il a accepté de se promener dans le VIIe arrondissement de Paris, où son destin s’est joué, et de se livrer à son tour.
- Michel Drucker raconte sa vie et ses rencontres avec des célébrités dans un livre souvenirs.
- Il évoque ses débuts difficiles, son amour du contact humain et sa carrière télévisée exemplaire.
- Son parcours est marqué par des coïncidences fortes, révélant une vie presque cinématographique.
- Malgré son assurance à l’écran, il explique avoir été longtemps tétanisé avant de se sentir bien depuis peu.

Dans ces rues où il vit et travaille depuis soixante ans, l’animateur est salué par des Français de toutes générations, qui lui disent avoir « grandi avec » lui. « Si je suis encore là, je pense que c’est parce que j’aime profondément les gens », confie-t-il. Il se destinait d’ailleurs à la médecine, comme son père, Abraham Drucker. « Finalement, Michel est devenu un médecin des âmes », aimait à dire ce dernier.
Le 5 octobre 1966, Michel Drucker fait son premier direct à la télévision, à une époque où Polnareff chante encore sur les marches du Sacré-Cœur et où Gainsbourg s’appelle encore Ginsburg. Deux ans plus tôt, il avait rejoint Cognacq-Jay. « Quand je suis rentré là-bas, j’ai su tout de suite qu’il fallait que j’y reste », raconte-t-il, avec la même intuition que lorsqu’il a dit à Dany : « Vous êtes la femme de ma vie. » Son épouse, ancienne actrice, a été mariée au compositeur Maurice Jarre. Il évoque aussi sa nièce, Léa Drucker, déjà couronnée par un César, dont la réussite le bouleverse. Son seul regret : que ses parents et son frère Jean ne puissent pas la voir. « La mort de mon frère, c’est le grand drame de ma vie », souffle-t-il.
Une vie digne d’un film de Claude Lelouch
À 84 ans, l’animateur dit avoir écrit ce livre pour « tester sa mémoire », et celle-ci ne lui fait visiblement pas défaut. Sa vie, dit-il, ressemble par ses coïncidences à un scénario de son ami Claude Lelouch. Il accomplit son service militaire à la base 117 de Compiègne, sans savoir qu’il s’agissait du lieu où son père avait été interné comme médecin, de 1942 à 1943. Il ne l’apprendra que quarante-cinq ans plus tard. « Le découvrir a été un des moments les plus forts de ma vie », confie-t-il. Lorsqu’il rencontre Claude Lelouch, il découvre que la première interprète de ce dernier n’est autre que Dany, filmée à l’âge de 15 ans.
Ses origines, elles, dépassent largement la capitale. Né en Basse-Normandie, il est le fils de parents originaires de l’empire austro-hongrois, de Roumanie et de la Bucovine, aujourd’hui en Ukraine. Ils se marient à Ploemeur, près du centre de Kerpape, et obtiennent la nationalité française sous le Front populaire de Léon Blum, en 1938. « Je suis né dans un milieu anxiogène, dans une famille très perturbée », reconnaît-il. Son frère Jean est mort à 62 ans des suites d’une crise d’asthme, une maladie qu’il décrit comme psychosomatique.
Le prix de l’aisance à l’écran
Pour le public, Michel Drucker paraît calme, maître de lui, à l’aise devant les caméras. Mais cette assurance a un prix. Il a longtemps été tétanisé, au point, lors de sa première émission, de trembler à tel point que certains l’ont cru malade. Le lendemain, des passagers de bus lui demandaient si « ça allait mieux depuis hier soir ». Il a appris son métier en direct, entouré de gens qui le rassuraient. « Je suis un marathonien », dit-il, et dès ses 22 ans, il se demandait s’il serait encore là dix ans plus tard. Soixante ans après ses débuts, il avoue se sentir bien seulement depuis trois ans.
Cette exigence, il la retrouve dans sa manière de travailler. Il préfère les liens directs, les appels passés en personne, et s’entoure d’une seule assistante. « Je n’ai pas de cour autour de moi. Je suis un artisan », résume-t-il. Il a vu trop de gens que la célébrité avait détruits pour se laisser porter par elle. Il met en garde contre le piège de la notoriété tardive, plus difficile à gérer que celle acquise très tôt, et conclut sur une formule qui en dit long sur son parcours : « Il n’y a pas de star, la star, c’est la télé. La star de TF1, c’est TF1. »